
Pierrette Agulhon
Pierrette Agulhon : femme de tête, femme de nez...
L'histoire de Pierrette Agulhon s'inscrit entre prolongement
et modernité. Cette jeune femme de 40 ans à la tête
d'un hôtel-restaurant familial existant depuis 1926, exerce en même
temps la fonction de sommelière depuis une quinzaine d'années.
C'est en 1981 que Pierrette prend la direction de « La Lozerette »,
un BTS en gestion hôtelière en poche et pour unique expérience,
les jobs étudiants effectués l'été chez ses
parents. Très vite, en maîtresse femme, elle entrevoit le bénéfice
concret mais aussi symbolique que pourrait apporter à l'entreprise
l'apport d'un sommelier. Ce sera elle.
Hôtel-Restaurant « La Lozerette »
Cocures
48400 Florac
Tél : 04 66 45 06 04
Fax : 04 66 45 12 93
A l'école des concours
Elle décide dès lors de s'atteler elle-même à
cette délicate mission. En véritable autodidacte du vin, elle
enchaîne lectures de guides, de manuels et stages sur le terrain.
Ce sont toutefois les concours qui lui permettent d'évaluer son niveau
mais aussi à chaque fois de se surpasser un peu plus. « Les
concours nous forcent à nous améliorer, sinon on a tendance
à s'endormir sur nos lauriers ». De compétitions
classiques régionales jusqu'au concours national du meilleur sommelier
de France, en passant par des concours portant sur les eaux de vies, Pierrette
ne perd pas une occasion de parfaire ses connaissances. « Etant
donné les connaissances techniques et théoriques requises,
cela m'oblige à chaque fois à potasser des livres et donc
à augmenter mes compétences ». La consécration
arrivera en mai 2000, où Pierrette terminera demi-finaliste du concours
du Meilleur Ouvrier de France option sommellerie, option inaugurée
l'année même.
Cet illustre concours évalue aussi
bien les aspects techniques et historiques de la profession que le savoir-faire
pratique avec des épreuves de dégustation, conversation en
anglais, rangement des bouteilles, mise en situation... ce sont toutes ces
différentes facettes inhérentes à l'exercice de la
sommellerie qui sont ainsi récompensées.
L'art de l'arbitrage
Pierrette compose entre gestion hôtelière et exercice de la
sommellerie. Cela la contraint à faire certains choix, certains arbitrages,
nécessaires au bon fonctionnement et à la renommée
de la maison. Ainsi elle prend en compte la situation géographique
particulière de son établissement, à savoir un hôtel-restaurant
situé au cur de la Lozère, en moyenne montagne, de tradition
touristique et familiale et à vocation semi-gastronomique. C'est
à partir de ces critères essentiels qu'elle a établi
les 300 références présentes dans sa cave. « Je
pars du plat pour aller vers le vin, c'est pour cela que je ne peux pas
proposer de grands vins ». Ce sont essentiellement des vins régionaux,
de la vallée du Rhône, des vins du Languedoc-Roussillon, de
Bourgogne et de la vallée de la Loire. Elle affiche un penchant pour
les vins à base de Syrah, cépage unique des célèbres
crus de la vallée du Rhône, qui est également le seul
cépage commun à tous les vins rouges de l'Ardèche.
« C'est un vin qui met beaucoup de temps à se faire et
qui possède une structure parfaitement équilibrée avec
une grande expression aromatique, à base de parfums de violette,
de cuir et de cassis ».
Les compromis sont également
son lot quotidien lorsqu'elle officie en salle auprès de ses clients
: « Quand les personnes autour d'une même table ne choisissent
pas les mêmes plats, je suis obligé de faire des compromis
et de proposer un vin qui puisse s'accommoder avec l'ensemble des plats
; c'est ce qui arrive le plus souvent ».
Le vin, une histoire de femme
Pour Pierrette, cuisine et vin forment naturellement un tout ; elle pense
que, dans ce domaine, les femmes sont le plus à même de percevoir
les relations privilégiées qui peuvent exister entre un plat
et un vin et prodiguer ainsi un conseil plus adapté. Lors d'une table
ronde sur le thème « les femmes et le vin »,
organisée par Vinisud l'année dernière, ses collègues
sommelières et elle-même sont arrivées à une
conclusion commune : « la femme a plutôt du nez que de la
bouche, et, il est vrai que son éducation l'encourage à développer
son sens de l'odorat, qu'il s'agisse d'apprécier l'arôme d'un
vin, le fumet d'un plat ou les senteurs d'un parfum ». D'une manière
générale, Pierrette Agulhon dénonce le machisme ambiant
dans le milieu du vin, même si elle reconnaît ne pas en avoir
souffert personnellement. « Je pense surtout à certaines
de mes collègues salariées, à qui on en demande toujours
beaucoup plus qu'à un homme, qui doit continuellement faire ses preuves.
Mais c'est peut être le lot de beaucoup de femmes, en général... ».
Quant à elle, sa place n'est plus à faire dans le milieu très
fermé des sommeliers. Adhérente à l'union des sommeliers
de France où elle fut trésorière de délégation
régionale Languedoc Roussillon en 1994, elle participe activement
à la plupart des réunions. Ensemble, ils vont à la
rencontre des petits producteurs locaux, à la découverte des
domaines viticoles de la région mais organisent également
des congrès et séminaires. Son meilleur souvenir se situe
d'ailleurs dans l'une de ces réunions organisée pour l'occasion
au restaurant « le grand Véfour », trois étoiles
au guide Michelin. « Avec une quarantaine de sommeliers, j'ai
pu goûter des vins exceptionnels qui accompagnaient un repas fastueux ».
Fidèle à sa conception de la sommellerie, la qualité
gustative d'un vin prend tout son sens lors de l'alliance du vin avec les
mets.