Richard Soibinet,
chef et sommelier
à la Toque blanche, à Oyonnax
« J'ai une préférence marquée
pour un Bourgogne blanc,
le Saint-Aubin, parce qu'il est très
minéral en bouche et que l'on retrouve donc la typicité du
sol bourguignon »...
Le ton est donné. Richard Soibinet, propriétaire
et chef de La Toque blanche, un restaurant gastronomique d'Oyonnax, est
intarissable quand il parle de sa cave et de ses vins. D'ailleurs, quand
il cherchait un établissement à acheter pour s'installer,
il y avait parmi ses critères de choix, un élément
incontournable : « Je voulais une cave en pierre.
C'était vital » ! Originaire de Champagne-Ardenne, Richard
Soibinet a suivi sa formation au lycée hôtelier de Namur en
Belgique : « C'était une formation générale
aux métiers de l'hôtellerie-restauration et la sommellerie
était l'une des matières enseignées ».
La cuisine selon Richard Soibinet n'allant pas sans le vin, la carte de
La Toque blanche reflète cette passion : de la poularde de Bresse
cuite en vessie et au vin jaune à l'escalope de foie gras chaud au
Pineau, en passant par la tarte à la mondeuse du Bugey, le vin est
omniprésent. Et en particulier les productions régionales
: « A Oyonnax, nous sommes à cheval sur deux terroirs viticoles,
un peu comme le fromage avec le Comté d'un côté et le
Gex ou le Morbier de l'autre. En vins, les rouges sont du Bugey, les blancs
du Jura. J'essaie donc de faire la promotion des deux ».
Avant que ne commence le repas, Richard Soibinet propose donc à
ses convives de goûter à des productions régionales
: « La région d'Oyonnax ayant développé une
activité économique importante autour de la plasturgie, nous
travaillons essentiellement avec des hommes d'affaires qui viennent du monde
entier, à qui je propose de boire à l'apéritif un Château
Châlon, vin de paille du Jura que je sers au verre ». Mais
il est d'autres vins que le chef propose de boire dès l'apéritif,
comme les Vionnay de la vallée du Rhône, « qu'il
est difficile d'associer à un plat tant ils sont dominants au niveau
du parfum ». Le chef n'hésite d'ailleurs pas à conseiller
sa clientèle, même quand c'est Edouard Balladur qui s'assoit
à sa table : « A 80 %, ils demandent notre avis quant au
choix des vins. Et comme il y a des produits que j'apprécie, mon
plaisir est de les faire goûter ».
La carte des vins de la Toque blanche est donc importante, « même
si c'est lourd à gérer : ma politique consiste à proposer
de bons vins à petits budgets, mais aussi des bouteilles à
fort budget pour ceux qui veulent se faire plaisir ».
Le
Château Pétrus 1981, à 440 Euros la bouteille, voisine
ainsi des crus moins prestigieux mais plus abordables, à l'instar
de ces vins du Sud-Ouest de la France, Gaillac ou Minervois, pour lesquels
« les gens sont souvent réticents au départ, ravis
à l'arrivée ».
Seulement Richard Soibinet constate qu'il est de plus en plus difficile
de trouver de vieux millésimes et que les vignerons ont désormais
tendance à vinifier du « prêt à boire, pour
une clientèle qui s'y connaît plus aujourd'hui : les foires
aux vins ont amené les gens au vin. Les vins de Loire sont par exemple
aujourd'hui très demandés ». Avec une cuisine où
le poisson est un aliment de base, les blancs sont évidemment privilégiés.
Mais les rouges ne sont pas oubliés pour autant : « Un
Poulsard ou un Arbois, qui sont relativement légers, se marient par
exemple très bien avec des volailles blanches ».
Entre la cuisine et le vin, le cur de Richard Soibinet ne parvient
pas à choisir : « C'est vrai que j'aime cette cuisine traditionnelle
remise au goût du jour, que j'ai apprise chez Léon de Lyon,
Fernand Point et Georges Blanc. Mais j'aime autant le vin, à cause
de tous ces arômes différents que l'on peut retrouver, de noix
ou de fruits rouges par exemple pour les vins du Jura où le cépage
savagnin domine, de l'évolution de chaque vin, d'une vie qui est
propre à chacun... C'est pourquoi j'essaie toujours de connaître
encore mieux mes produits, d'apprendre toujours, d'être à l'écoute
de professionnels de la sommellerie ». Et de citer un viticulteur
de Meursault : « C'est un personnage haut en couleurs qui a plaisir
à communiquer sa passion du vin ».
Mais Richard Soibinet
n'a pas non plus oublié qu'il est originaire de Champagne-Ardenne
: « J'essaie bien sûr de faire la promotion du champagne,
qu'il soit rosé ou blanc de blanc »...