Le Marsala, ou l’Italie en bouteille
Un produit simple, travaillé avec soin

Les superlatifs sont devenus courants dans la langue française.
Et pourtant, pourrait-il en être autrement lorsque l'on parle du Marsala, ce vin fortifié venu de Sicile qui fait de la bouteille où il patiente le miroir des temps anciens ; antique vestige resté intact jusqu'à aujourd'hui, il nous montre en résumé la richesse d'une île placée au carrefour des civilisations.

Plus qu'une histoire, une légende

Issu de ce pays où les hommes tutoient les dieux depuis si longtemps, le Marsala ne pouvait être un vin ordinaire. Les divinités eussent-elles permis qu'il en fût autrement ? Plus qu'un vin, un breuvage.
Plus qu'une histoire, une légende. Posée au carrefour des civilisations, la Sicile - son berceau - lui a transmis le soleil et la générosité ; douceur et chaleur qui monte à la tête comme une senteur d'oranger, une fragrance de mimosa, une terre de maquis lorsque descend la fraîcheur nocturne sur une île gorgée de lumière.

La qualité, un souci primordial

Le Marsala fait partie de ces petits riens qui construisent une philosophie de la vie ; qui, versé dans un verre, offre une claire image du monde qui l'a vu naître et vous l'offre en partage. Ce joyau œnologique est incontournable. Tout simplement parce que s'en priver n'a pas de sens. Inchangé depuis des siècles, soumis à un fort soucis de qualité, ce vin fortifié nous vient du passé comme le témoin transmis de génération en génération, preuve bien vivante de la vitalité des mélanges de civilisation. Qu'il soit blanc, rubis, à l'œuf (cremovo) ou aux amandes, le Marsala accompagne avantageusement vos desserts, vos plats... Il se déguste seul en apéritif et se cuisine.
Pour parvenir à ce résultat, combien d'efforts, de recherches, de renonciation à la quantité pour la préservation de la qualité. Pour ces hommes de l'ouest sicilien - et plus exactement de Mozia au large de Marsala - cela ne fait aucun doute : le Marsala est le vin primordial ; ce don des dieux fait aux hommes, ce lien qui selon les romains permettait d'entrer en contact avec Vénus, la plus aimée du Panthéon. O
n ne s'étonnera donc pas des soins prodigués à ce breuvage depuis des siècles. Autrefois appelé « Perpetum », c'est en 1773 qu'il prend le nom de Marsala, sous l'impulsion d'un marchand anglais à qui il doit sa célébrité actuelle. Depuis cette date, le succès ne s'est jamais démenti.

De draconiennes conditions d'élaboration

C'est en 1984 qu'il reçoit le titre de D.O.C. (denominazione de origine controllata) qui couche sur le papier les strictes conditions de son élaboration.
Tout d'abord, le nom ne pourra s'appliquer qu'aux vins fins supérieurs et vierges embouteillés dans la zone d'origine : Trapani en Sicile. Il pourra être sec, blanc, rouge ou amabile (semi-doux) selon les cépages utilisés : doré et ambré pour les cépages blancs, rubis pour les rouges. Cinq qualités de Marsala sont disponibles :

Seul le Marsala Vergine ne subit aucun traitement de type ajout de moût* ou de levure permettant la « marsalisation. » Cette dernière se fait alors par ajout de vin. Les vins de type cremovo, plus doux, doivent être composé de plus de 80% de vin de Marsala, ce qui leur garantit un charme incomparable.



Un vin pour tous les goûts

Selon vos préférences, vous pourrez proposer des vins plus ou moins doux, allant du sec (moins de 40 g de sucre/litre) au doux (plus de 100 g/litre). Pas moins de 8 cépages servent à la confection du Marsala, dont l'assemblage séculaire produit de bachiques résultats. Un résultat que vous servirez en apéritif (6-8°), avec des fromages secs tel le parmesan ou forts, comme le gorgonzola, ou en dessert (12-18°). Mais le Marsala se cuisine également : Zabaione, poitrine de poulet aux piment, Barchette al gorgonzola... Ou tout autre découverte que son goût subtil vous amènera à faire.
Servir le Marsala - avec modération - c'est faire œuvre d'histoire.
N'imagine-t-on pas à son arôme, à sa robe, à son goût, les antiques banquets où le raffinement le disputait à l'exubérance méditerranéenne ? Le Marsala, c'est cette contradiction. C'est l'Italie, la Sicile.

Les cépages :

Blancs : Grillo, Catarratto, Inzolia, Damaschino
Rouges : Pignatello, Calabrese, Nerello mascalese, Nero d'Avola

*Moût bouilli : « calamich » ou « Sifone » : moût ne pouvant plus fermenter
José Lagorce
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