
Jean-Georges Klein et sa soeur en salle
Jean-Georges Klein,
né pour créer en cuisine
L'auberge familiale transcendée
La fée qui s'est penchée sur le berceau de Jean-Georges
Klein devait être très gourmande... Jean-Georges Klein est
né « dans un restaurant ». Sa grand-mère,
puis sa mère et enfin sa sur, ont toutes pris le même
chemin : celui de la restauration. Logique dès lors qu'il ait entrepris
cette carrière.
A l'origine, l'auberge que tenait sa grand-mère
était un relais de charbonnier. Au fond de la vallée, les
charbonniers allaient travailler en forêt et venaient le soir souper
et se réchauffer dans l'auberge. Au début du siècle,
l'auberge devint un relais de débardeurs. Les hommes enlevaient le
bois avec leurs chevaux et faisaient une halte. A cette époque, l'auberge
offrait essentiellement des boissons puis progressivement quelques plats
froids, en utilisant les produits locaux. Par la suite, dans les années
60, elle ouvrait le week end avec un menu unique.
Formé à l'école hôtelière
de Strasbourg
Dans les années 70, Jean-Georges Klein fait l'école
hôtelière à Strasbourg et rêve de voyages. Mais
le problème de santé de sa mère l'oblige à rester
dans l'entreprise familiale et à assurer le service en salle. En
1988, sa mère revient en cuisine et obtient une étoile au
guide Michelin. Sa sur les rejoint ensuite en salle, et c'est à
ce moment que Jean-Georges Klein prend l'option qui va orienter sa carrière
: il décide en 1988 de quitter la salle pour aller en cuisine. Et
bien lui en a pris : « je n'avais aucune expérience en
cuisine, mais cela me passionnait ».
Car la cuisine est un métier de passion : « Il y
a une dizaine d'années, on était entouré de gens qui
travaillaient dans un même esprit. Il est actuellement plus difficile
de trouver un personnel qualifié, mais j'ai cette chance. Il ne faut
pas compter ses heures, et surtout aimer ce métier. La formation
de base passe par une école hôtelière puis par des stages
dans un maximum de bonnes maisons. J'aurais voulu faire cela. Il y a des
choses formidables à réaliser dans ce métier, mais
il faut la foi et la passion. Il n'y a pas de monotonie, chaque produit
est différent, et la diversité est source de plaisir. »
Gagnaire : une rencontre « déclic »
Son rôle en cuisine n'a pas été simple au début.
Mais en 1992, il va voir Gagnaire, alors 2 étoiles. Cette rencontre,
mais aussi celle de l'espagnol El Boulli, restaurateur futuriste sur Cadaquès,
est un déclic pour Jean-Georges Klein. Intrigué, subjugué,
sa cuisine jusqu'alors classique découvre d'autres horizons :
« j'ai commencé à faire autre chose, j'ai
découvert qu'il n'y avait pas qu'Escoffier. En même temps que
la cuisine classique, j'ai fait du nouveau. J'ai réalisé des
essais. Comme je n'avais pas véritablement de base en cuisine, puisque
je suis arrivé par des chemins détournés, de ce fait
je n'avais pas non plus d'ornières. Dans tous les métiers
il y a eu des évolutions, alors que dans la restauration on était
resté dans la lignée des grands beaucoup de chemin est à
parcourir pour trouver d'autres sensations. »
Une deuxième puis une troisième étoile
En 1998, Jean-Georges Klein obtient à l'Arnsbourg un deuxième
macaron Michelin. Mais il ne s'arrête pas en si bon chemin « Il
faut se renouveler, donner le meilleur au client, à force de persévérance,
on arrive à sortir le meilleur. L'ambiance en salle aussi est importante.
Ma sur a su l'aménager dans l'air du temps, avec une cave apparente,
une partie salon assez cossue ». Et en 2002, la consécration
: la 3ème étoile vient récompenser ce travail.
Une cuisine inventive, ludique et conviviale
La cuisine de Jean-Georges Klein évolue toujours et encore.
La base est classique et s'y ajoute une touche très personnelle faite
de contrastes de saveurs, de mélanges de texture, de chaud/froid
et de salé/sucré : « c'est une cuisine du sud, en
Alsace. J'ai été le premier à cuisiner à l'huile
d'olive en Alsace. Je cuisine des produits de terroir avec des épices
d'ailleurs.
Ainsi, le menu découverte comprend douze plats que l'on pourrait
comparer à des « tapas de haut niveau » : ce
sont de petites choses avec des goûts très précis ».
Ainsi, la pissaladière avec ses graines de courges soufflées,
caramélisées, salées puis sucrées, ou le cappuccino
de purée de pomme de terre, miette de truffe et mousse de truffe
ou encore les noix de Saint Jacques poêlées à la soupe
de nougat et ce rouget au curry avec une soupe de coco et menthe.
Jean-Georges Klein pratique la cuisine inventive, celle qui fait rêver,
voyager et qui peut aussi surprendre « j'assemble des goûts
qui étonnent le client, qui le surprennent. Il faut de l'émotion,
c'est comme une pièce de théâtre » et comme
au théâtre, il faut de la mise en scène comme pour ce
croustillant de langoustine avec une royale de cèpes, emballé
comme un hérisson et accompagné d'une essence servie dans
sa pipette ; ou encore en dessert, un esquimau de crème glacée
de basilic, huile d'olive à la vanille, que l'on trempe dans un coulis
de fraise des bois : « c'est amusant, c'est un métier où
l'on s'amuse.
C'est cela le plaisir de toucher la cuisine, c'est une ouverture d'esprit
que je propose à mes clients. Les gens voyagent maintenant, ils découvrent
d'autres saveurs et ont plaisir à les retrouver dans ma cuisine.
Il faut avoir le sens du jeu. Il faut subjuguer le client. J'aime ce côté
ludique de la cuisine, car je veux que mon restaurant soit convivial ».
Et nul doute qu'il y parvienne.