Le retour du Goût
Le goût s'éduque...
Le goût s'éduque...

Tradition et authenticité sont les valeurs fortes de ce dèbut de siècle. Le goût est mis en avant. Il est l'objet de toutes les attentions et tout particulièrement du 15 au 21 octobre dans le cadre de la semaine du goût.

Ce début de siècle est marqué par un retour aux valeurs de tradition et d'authenticité. Après les crises alimentaires et la standardisation des aliments initiés par la mondialisation, un mouvement s'opère vers un retour du goût. Labels et AOC garants d'une qualité et d'une saveur sans aléa sont priorisés. La cuisine s'oriente elle aussi sur des plats de terroir bien qu'actualisés et allégés. Les produits sont mis en valeur, cuisinés sans artifice afin de sublimer leur goût. Mais, le goût s'éduque dès le plus jeune âge et il est temps de faire apprécier aux enfants et aux adultes le bon goût. Les Associations et les opérations telles que la semaine du goût s'y attellent.

Un retour aux valeurs de tradition et d'authenticité

Le 21° siècle est déjà marqué par un retour aux valeurs de tradition et d'authenticité. Au niveau culinaire, les notions de terroir et de goût reviennent en force. Les crises alimentaires, vache folle en tête, ont accéléré le mouvement. La mondialisation des échanges a amplifié les phénomènes d'universalisation et de standardisation des produits et cuisines.
Une nouvelle prise de conscience s'opère, et dans cet esprit, les terroirs restent une valeur sûre. L'on voit poindre à l'horizon une recherche de sécurité alimentaire tout autant qu'une exigence de qualité des nutriments. Les mouvements revendicatifs s'élèvent contre la "mal-bouffe". Et c'est l'éloge de la traçabilité, des produits sains, une remise à jour du goût. Les associations se multiplient en faveur de l'émergence des produits du terroir. Claude Izard et ses cuisineries gourmandes ou encore Terre et saveurs de Bretagne, parmi tant d'autres... luttent pour un retour aux produits sains et gustatifs. Par ailleurs, les AOC se multiplient, garantissant aux consommateurs une qualité sans aléa.
Labels et AOC, garants de qualité et de saveurs
La notion d'Appellation d'Origine bien que remontant à l'Antiquité connaît aujourd'hui un engouement. Dans l'Antiquité, elle regroupait, sous leurs noms géographiques, des produits très divers : vins de Samos, marbre de Pros... En France, c'est en août 1666 qu'un arrêt du Parlement de Toulouse fournit le premier texte juridique répressif protégeant spécifiquement le fromage de Roquefort, en se fondant sur des critères toujours actuels :
  • désignation du fromage par son lieu géographique de naissance,
  • coutumes présidant à son élaboration,
  • réputation, gage implicite de sa qualité.

En 1955, les conditions auxquelles doivent satisfaire les fromages pour avoir droit à l'appellation d'origine sont définies par la Loi. Le dispositif se complète en 1990 avec la loi relative aux Appellations d'Origines Contrôlées des produits agricoles ou alimentaires, bruts ou transformés, contrôlées et protégées par l'INAO.

Une cuisine de terroir, légère et savoureuse

Le goût revêt donc de plus en plus d'importance aux yeux des consommateurs, mais aussi et en premier chef, aux yeux des restaurateurs. La cuisine s'installe dans un retour au passé. Les plats traditionnels, ancrés régionalement reviennent à la mode, mais ils sont revisités avec plus de légèreté. A la manière de Bernard Loiseau qui à Saulieu déclame "Je revisite les recettes du terroir avec plus de goût et de légèreté. Et un maintien constant de la qualité. Je ne renie pas le passé mais je le fais évolue". Les recettes du passé sont bonnes à prendre, mais on y associe les meilleurs produits. Bernard Loiseau le confirme : "Sans bons produits, on ne peut pas faire de bonne cuisine". Dans cet esprit, les cuisiniers d'aujourd'hui favorise le goût authentique du produit. Moins de beurre, moins de sauce, le produit est naturellement bon. Il s'agit de le valoriser, mais non de détruire son goût originel. Bernard Loiseau confirme : "Je n'associe pas plus de 3 saveurs dans une assiette et ainsi chaque produit apporte à l'autre sans le détruire. La simplicité, c'est le plus difficile" C'est aussi le retour des produits d'antan, quelque peu oubliés. Alain Passard à "l'Arpège" revient par exemple au topinambour, ou encore à l'épeautre.
Le goût a donc repris ses galons, mais qu'est ce que le goût?

Qu'est-ce que le goût?

Le goût est avec la vue, l'odorat, le toucher et l'ouïe, l'un des 5 sens qui nous permettent de percevoir notre environnement et d'interagir avec lui.
Le goût est une sensation, une émotion, voire une représentation mentale qui se construit à partir de nos 5 sens. La qualité d'un produit alimentaire, en dehors de toutes considérations nutritionnelles, résulte d'une harmonie subtile des sensations visuelles, gustatives et olfactives. Les sensations mécaniques : ferme et croustillant, fondant... les stimulations thermiques : chaud, froid, tiède... mais aussi les stimulations auditives : pétillant, croquant... sont elles aussi importantes dans l'interprétation de notre nourriture et la distinction du bon et du mauvais.
La langue est un merveilleux organe qui nous permet de distinguer 4 saveurs : le sucré, l'acide, l'amer, le salé.
Le goût évolue avec l'âge. Le nourrisson apprécie le sucré et fait la moue à tout ce qui est amer. Puis, au fil des âges, les enfants sont poussés vers la découverte de nouveaux aliments, ou au contraire se replient sur quelques aliments de base. Une pédagogie du goût doit pouvoir ouvrir l'éventail de leur sensibilité.
Ce goût qui nous semble si personnel est finalement collectif et culturel. Chaque pays, chaque région, chaque terroir a ses habitudes propres. Tant dans l'organisation des repas que dans ses choix alimentaires. Le goût a aussi son histoire. Le Moyen-Âge était omnubilé par les épices, les Grandes découvertes ont permis la diversification de notre alimentation. Le goût s'exotise. Les nouveaux aliments s'ils tardent pour certain à s'imposer, sont tous aujourd'hui des produits de consommation courante : pomme de terre, tomates... d'autres se sont imposés de manière fulgurante : thé, café, chocolat...

Comment juger de la qualité gustative des produits alimentaires ?

Les grandes tendances de consommation des français montrent que le consommateur attache de plus en plus d'importance à la qualité gustative des produits alimentaires : l'Isema concentre ses activités de recherche sur le goût et le marketing sensoriel. Il dispose d'un laboratoire de recherche appliquée en analyse sensorielle de pointe. Le laboratoire est équipé de 12 cabines de dégustation, d'un panel de consommateurs de 500 personnes. Le Laboratoire du goût installé dans la Maison de l'Alimentation à Avignon agit sur la veille qualité et l'étude de la correspondance entre l'attente du consommateur et le profil sensoriel du produits. Les études hédoniques et objectives permettent de cartographier des préférences et de déterminer les caractéristiques sensorielles d'un produit.
"Le laboratoire est incontournable car on s'intéresse de plus en plus au goût. Un chef valorise un produit mais à la base, il faut que le produit soit excellent." précise Dominique Ladeveze, responsable du laboratoire.
Le laboratoire procède à une analyse sensorielle des 5 sens par une approche hédonique ou une approche analytique.
Par l'intermédiaire d'un panel de goûteurs volontaires et non spécialisés, les produits nouveaux (huile, pâte fraîche, yaourt, café, abricot, pêche...), prêts à être lancés sur le marché ou déjà sur le marché avec une perspective d'AOC sont testés. Les goûteurs se déterminent alors sur un aspect purement subjectif par rapport à l'aspect, la texture, l'odeur ou la texture du produit. Ces réponses sont basiques et s'expriment par "j'aime" ou "je n'aime pas". L'environnement de dégustation est clos, au sein d'une cabine. "Pour un résultat fiable il faut parfois réaliser une dégustation auprès de 60 volontaires, sachant que l'on élimine les résultats extrêmes. C'est par cette méthode que sont par exemple déterminées les "saveurs de l'année" précise Karine Robini.

L'approche analytique est elle plus objective. Elle cherche à décrire des qualités sensorielles au niveau aromatique (exemple : la noix de coco, la violette), des saveurs (le sucré...) ou la texture (fibreuse...). C'est une démarche plus difficile et qui demande des dégustateurs plus expérimentés.
Ainsi, il sont formés régulièrement à la description des produits de façon à s'approprier un vocabulaire commun. Dans le cadre d'un travail de groupe, les goûteurs vont observer, sentir, goûter, décrire pour générer 100 critères parfois redondants et à terme, 10 à 20 critères seront retenus.
Certains produits sont plus faciles à décrire que d'autres, on arrive parfois mieux à définir en donnant des extrêmes. "Nos dégustateurs sont formés. Nous leur faisons sentir des arômes avec différentes concentrations et différentes formulations. La connaissance des arômes s'acquiert. Les critères physico-chimiques entrent en ligne de compte : le poids, la fermeté, l'acidité, le taux de sucre, les couleurs, mais parfois cela ne suffit pas car l'acidité peut être différente selon que l'on goûte la chair du fruit ou sa peau par exemple" ajoute Karine Robini. L'objectif de ces tests est alors de caractériser le produit afin de savoir ce qui le différencie au niveau sensoriel.

Le goût s'éduque, comment?

Devant l'ampleur du phénomène, plusieurs manifestations se sont données pour objectif d'agir dans l'éducation du goût auprès notamment des enfants. La semaine du goût lancée depuis 1990 à l'initiative du journaliste Jean-Luc Petitrenault et de la Collective du Sucre, la fête du goût organisée par le Comité régional de Provence, le Comité de Promotion des Produits Régionaux de Franche Comté pour son opération petits gourmets ainsi que beaucoup d'autres manifestations partout en France sont l'occasion de renouer avec les produits et la gastronomie. Des professionnels ouvrent leur portes pour permettre au grand public de découvrir les produits, les gestes et les traditions des grands métiers de bouche, les voluptés du bon et du bien manger en s'initiant aux mystères des 5 sens.
Du 15 au 21 octobre, pendant la semaine du goût, des leçons de goûts permettront découverte et apprentissage aux enfants qui réaliseront des tests à l'aveugle, mettront la main à la pâte pour réaliser un standard de la cuisine. Les enfants seront par ailleurs des hôtes privilégiés des restaurants, un menu à petit prix imaginatif et une recette spécifique seront élaborés dans les restaurants participants à l'opération. Le 18 octobre, jour de la Saint Luc où la betterave devient sucre, des visites de sucreries et de fermes seront organisées avec les écoles. Pour les adultes, des expériences gustatives seront tentées dans des lieux classiques (lycée hôtelier) ou insolites avec le même objectif : défendre et valoriser notre patrimoine gastronomique.

La semaine du goût a enquêté auprès des français afin de mieux connaître leurs envies et leurs plaisirs gustatifs.
28 % des français reconnaissent que le goût joue un rôle important. Le sucré est sensiblement le favori des répondants (49 % des citations).
Les hommes se déclarent plus attiré par le sucré que les femmes. Mais, le chocolat attire davantage les femmes et les jeunes. Les mets favoris des français se positionnent également entre le foie gras frais, le pot-au-feu et un fondant au chocolat.
Les français sont unanimes : le plaisir du goût est avant tout un plaisir partagé à plusieurs.
Article
Témoignages : 1  2
Sylvia Peixoto et Jean Yves Dupain
Jérôme Bartoletti
Jérôme Bartoletti

Restaurant l'Écusson
Jérôme Bartoletti
6, rue Embouque d'or
34000 Montpellier
tel : 04 67 66 35 13
fax : 04 67 66 35 27


L'Écusson à Monptellier
"la simplicité" c'est ce qu'il y a de plus difficile


Situé non loin de la Place de la Comédie à Montpellier, Jérôme Bartoletti a ouvert cet automne son restaurant gastronomique "l'écusson". A 26 ans, émule des frères Pourcel du "jardin des sens" à Montpellier et de Marc Veyrat en Savoie, ce jeune chef a créé un cadre moderne et raffiné. Sa cuisine a des accents très méditerranéens, tout comme ce "pavé de sandre grillé, courgettes farcie aux encornets et au jambon, infusion de thym frais".

L'exotisme aux accents méditerranéens

Formé à l'Institut Vatel de Nîmes puis un brevet professionnel cuisine en poche, il devient cuisinier chez les frères Pourcel à Montpellier au "jardin des sens". Il part ensuite à Annecy, chez Marc Veyrat en tant que cuisinier puis à "l'Auberge du Père Bise" à Talloires et à "l'Amandier" à Annecy. C'est à "l'Auberge des Tours" au Grand Bornant, qu'il décroche son premier poste de Chef de cuisine. Il choisit ensuite de créer son propre restaurant et ainsi de s'exprimer librement. Son objectif est la satisfaction du client qu'il traduit par cette formule : "étonner sur la nourriture, créer un cadre agréable et romantique et avoir un accueil chaleureux". Ainsi, depuis le 20 novembre 2000, il travaille les produits méditerranéens (herbes aromatiques : basilic, thym, citronnelle, laurier), les poissons et les coquillages, avec l'alliance de produits exotiques (lait de coco, des connotations salées sucrées, des épices). La personnalité de ses plats se retrouve dans cette association de l'exotique aux accents méditerranéens.

Il faut partir de la terre

Jérôme Bartoletti s'érige contre "les goûts prédéfinis pour plaire à tout le monde" : "On a perdu les traditions culinaires. Mais, la cuisine de nos grands mères est revenue au goût du jour. C'est la cuisine de mon enfance que je retrouve en révélant les produits. Je cuisine simplement à la poêle ou rôti pour respecter le goût et l'originalité du produit. Chaque produit doit garder son propre goût. C'est la proportion de chaque ingrédient qui donne le goût au plat. Il faut partir de la terre. Je choisis mes produits visuellement, afin qu'ils soient bons et attirants. Il faut travailler ce que l'on aime, et parmi ces derniers il y a des légumes oubliés tels que les topinambours ou les pâtissons." Et Jérôme de conclure : "Finalement, la simplicité, c'est ce qu'il y a de plus difficile".

Des menus d'initiation au goût pour les enfants

Jérôme Bartoletti propose aux enfants un menu qui leur est adressé : "c'est une initiation au goût. Pour 90 francs, je leur propose une formule avec un poisson ou une viande. Je cuisine selon l'inspiration du moment mais en évitant la pomme de terre. Car, chez eux, le palais se cultive très tôt. L'objectif est de leur faire goûter quelque chose et plus tard, ils en auront un souvenir. Même si au début, ils ne l'apprécient pas. Parfois, pour le gain de temps, on les éduque mal. C'est vrai que travailler le légume chez soi, c'est long. Les parents du baby boom ont opté pour la surconsommation, ils ratent quelque chose, mais ça reviendra. Eduquer le goût des enfants, c'est leur faire manger des produits natures, sans sauce, tels quels".
Joseph Vally
Joseph Vally

AUBERGE DU FENOUILLET
20 Avenue du Général De gaulle
83260 LA CRAU
Tel : 04 94 66 76 74
Fax : 04 94 57 81 09h


Promouvoir le goût régional. Joseph Vally se définit comme un "anticonstitutionnel de la cuisine".

Il se lance dans l'aviation lorsque par un coup de coeur, il vient à la cuisine. Il ouvre son restaurant en 1980 à La Crau dans le Var. Sa clientèle lui est fidèle et pour lui, sa pérennité est un gage de qualité. Sa cuisine est tournée vers la Provence. Elle a pour bases l'ail, le persil, le basilic. "Je n'ai pas vraiment de spécialités, mais j'aime par exemple cuisiner le poisson avec les produits de saison". Aujourd'hui au menu, fleurs de courgette farcies au crabe avec beurre de safran, loup du pays avec tombée de tomates ratatouille. "La cuisine nouvelle a permis de sortir de belles assiettes et d' alléger les sauces". A l'auberge du Fenouillet, Joseph travaille en cuisine avec un second et un commis et en salle avec deux personnes. Il sert 35 à 40 couverts toute l'année et propose trois menus à 135F, 185F et 290F, avec pour les enfants un menu "saveurs".

Membre actif du Centre Régional du Goût et des Terroirs

Joseph Vally dans son auberge du Fenouillet est un membre très actif du Centre régional du Goût et des Terroirs. L'Association s'est créée en 1990 "au départ, nous donnions des leçons de goût dans les écoles, puis nous nous sommes structurés et nous avons créé l'association. Notre objectif est de faire venir les enfants à la connaissance des saveurs, à travers le jeu et leur participation. Nos actions font à présent parties du programme éducatif de l'Education nationale, nous avons l'autorisation des Inspections académiques. Il s'agit alors de faire découvrir les produits de la région car, dit-il, nous sommes dans une région de grandes possibilités, nous sommes des défenseurs des produits locaux avec un terroir riche en légumes et en fruits." Pour cela, le CRGT organise des leçons et des ateliers de goût dans les écoles, des classes transplantées avec un centre de vacances dans lequel interviennent des professionnels sous forme d'ateliers pratiques et théoriques pendant trois semaines, des manifestations grand public avec des démonstration de Chefs, le marché en fête, saveurs et cultures en Provence. C'est ainsi que 1100 chefs de la région Provence participent à l'initiation du goût des enfants.
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