Comment relayer les fêtes

"La Triboulette", ambiance chaleureuse
La restauration hors foyer est en hausse depuis de nombreuses années.
Elle concerne près de 20 % des repas. Avec l'augmentation du temps
libre ce résultat ne fait que progresser.
Les formes de restauration les plus marquées par ce phénomène
sont les restaurants traditionnels, les restaurants d'entreprise et les
fast-foods. En près de 30 ans leur fréquentation a plus que
doublé.
Pour les restaurants d'entreprise la manne a été la percée
massive du travail féminin qui a augmenté de façon
considérable la fréquentation des lieux et a poussé
les établissements à s'adapter aux spécificités
d'une clientèle féminine. Tandis que pour les restaurants
classiques, un des moteurs principaux de cette hausse est son assimilation
à l'industrie des loisirs. Toutes les couches de la population sont
concernées par cette évolution et la tendance se confirme
année après année.
Cependant le contexte économique a également beaucoup
changé en trente ans, le faste a fait place à la crise et
le consommateur a mûrit l'enseignement de ces années. Le client
a pleinement conscience de son pouvoir de dire non, en rationalisant sa
demande et en maximalisant ses exigences il trône en roi sur le marché
de la restauration.
Le corollaire de ces exigences impérieuses et de l'ampleur
de l'offre est que le client, quand il est séduit, se fidélise
très bien. Les fêtes sont un attrait non négligeable
pour un restaurateur lorsqu'il sait s'y préparer.
Quelles sont les qualités recherchées
par un client et aptes à le fidéliser ?
On peut en compter quatre qui sont prépondérantes :
- La qualité de l'accueil et de la nourriture proposée
- Le confort
- Un bon rapport qualité/prix
- Le dépaysement
Un établissement qui se positionne de manière positive
vis à vis de ces points à toutes les chances d'être
attractif et d'avoir sa clientèle attitrée. Cependant pour
que la réussite de l'entreprise soit optimum il est important d'assurer
la promotion du lieu. Si la clientèle est potentiellement large,
il faut que le public connaisse l'endroit et le bouche à oreille
s'il est efficace peut prendre du temps pour s'établir. Un bon coup
de fouet peut alors aider à faire décoller l'affaire.
Si la restauration est entrée dans l'industrie des loisirs
ce n'est pas un hasard. Car en plus d'être un art à part entière
la restauration peut se faire l'équipière de manifestations
culturelles, de fêtes locales ou nationales, ou d'évènements.
Le partenariat se révèle fondamental pour les deux parties.
Le soutien logistique promulgué par les restaurants dynamise l'événement,
l'asseyant en organisation et l'affirmant en puissance donnant ainsi du
coffre à la ferveur populaire. Et les restaurants profitent d'un
surplus de fréquentations conséquents, motivant ainsi de potentiels
clients à découvrir les établissements.
Les fêtes populaires comme la fête de la musique, le 14
juillet et d'autres fêtes plus locales comme la braderie de Lille
(voir témoignage) ou la fête du Panier à Marseille (voir
témoignage) ont cette vertu de masser les gens dans la rue.
Le potentiel commercial est important. L'afflux de monde diminue l'effet
de la concurrence et désinhibe les gens à découvrir
de nouveaux lieux.
Un restaurant qui propose un service riche et recherché
aura du mal à faire des bénéfices.
L'exemple de
« Chez Angèle » l'illustre bien. Le restaurant
s'engage dans son partenariat à restaurer les intervenants de la
fête du Panier, à assurer des prix bas, à changer de
menus tous les jours et à garder le service pour la clientèle
habituelle. Les frais engagés dans l'opération sont justes
remboursés par le surplus d'activité.
Cependant le but n'est pas dans la réalisation d'un chiffre
d'affaires élevé mais d'asseoir la réputation de l'établissement,
de promouvoir le quartier et de faire connaître l'établissement
à un plus grand nombre de personnes.
Une cuisine « classique »
dans ce type de soirée implique un travail énorme, une augmentation
de la main d'uvre et des heures de travail
et donc une RTT conséquente.
L'établissement devra fermer dans les jours qui suivent pour régulariser
son temps de travail.
En revanche pour « La Triboulette » l'optique
et le positionnement par rapport à la braderie sont différentes.
Le but du patron est de réellement lancer l'établissement
et de marquer de manière ostentatoire la nouvelle identité
du lieu. Le choix de la formule moules-frites à volonté à
5,95 lui permet de dégager une marge importante vis-à-vis
de sa participation. Ce qui n'est pas possible avec une position de restauration
« classique ». Coup d'essai et coup de maître,
l'édition de cette année affiche déjà complet.
L'objectif suivi est la promotion du lieu.
Il a été
dans les deux cas très efficace. Cependant il ne faut pas perdre
de vue que ce type de publicité, coûteuse en investissement
humain, met en exergue la qualité d'un établissement mais
qu'il ne la crée en aucun cas.
Questions d'organisation...
La gestion d'événement de cette importance nécessite
une organisation des plus minutieuse et des plus méticuleuse. Si
le restaurant se retrouve débordé de manière trop importante,
au lieu de la promotion escomptée les retombées de l'événement
risquent d'être perverses et de nuire à l'image du lieu.
La gestion des temps doit être optimisée pour diminuer l'attente
des clients, des stratégies de menus doivent être établies
limitant au maximum le nombre de plats différents tout en gardant
une souplesse relative pour s'adapter aux clients tatillons.
De plus le tout se devra d'être le moins cher possible pour
être le plus attractif pour toute les bourses.
Cependant si l'événement
en vaut l'investissement, l'ambiance de travail et les conditions sont souvent
dures et quelque fois ingrates. Beaucoup de gens se comportent de manière
très égoïste lors de ces occasions et la clientèle
de passage peut se montrer grossière et irrespectueuse. Certains
clients se plaignent du temps d'attente, du plat qui ne leur convient pas,
partent sans payer (notamment lors du 14 juillet) ne se rendant pas compte
de l'ampleur du travail.
Fifi, le chef de « Chez Angèle », dit ne pas
aimer ces soirées. Ce sont pour lui des incontournables dont il pourrait
se passer. Il aime son métier et le rapport avec les gens, il aime
discuter et se sacrifier pour sa clientèle. Ces « fêtes »
dénaturent pour lui la raison d'être de son travail.
Nicolas Auffray

L'équpe gagnante de chez Angèle, Fifi et Léo
« Chez Angèle »
« Jour de fête »
Vrai village au cur de la cité phocéenne, le Panier
domine le vieux-port de ses 2600 ans d'histoire.
Ce quartier dont on
dit qu'il est le plus vieux de France ne saurait décliner, endeuillé
par le poids des années. Au contraire il a su y puiser sagesse et identité,
et retrouve depuis quelques années un nouveau dynamisme insufflé
par ses habitants amoureux comme au premier jour de ce quartier si singulier.
Toutes les années à la même période le quartier
revêt pendant trois jours ses habits de fête et professe à
qui veut bien l'entendre sa joie d'être marseillais. Musique, théâtre,
danse, cirque, toutes formes de culture y sont représentées,
le jazz y côtoie le raga, la salsa se métisse de hip-hop en même
temps que celui ci s'harmonise de quelques accents provençaux. L'alchimie
est parfaite et la messe cosmopolite, tout comme le sont les origines de la
cité phocéenne.
L'envers du décor
Léo est né à Alger, il est Marseillais d'adoption
et appartient à la grande famille du Panier. Venu à la profession
par hasard, en aidant l'ancien patron Francis pour un soir, Léo a du
mal à s'imaginer exercer son activité ailleurs que dans son
quartier. De cette passion vient sa détermination à encourager
l'essor du quartier et son investissement dans la fête du Panier.
Il a développé à ce titre un partenariat avec les sociétés
qui organisent l'événement.
Pendant les trois jours que dure la fête, et en plus d'un surplus
d'activité de 30%, « Chez Angèle » s'occupe
de la restauration de tout le personnel technique soit près de 420
couverts supplémentaires.
L'effort de « guerre »
est conséquent et alors que le restaurant travaille sur une base de
42h, les trois jours de fête font flirter l'équipe avec les 70h/sem.
Pour lui le principe est simple, le sens de sa participation est de soutenir
au maximum l'élan dynamique de son quartier et de faire redécouvrir
le Panier aux marseillais.
Au bouts de quelques années de labeur les résultats sont là
: la fête est de plus en plus médiatisée, elle bénéficie
notamment maintenant de subventions du Conseil Général ; les
investissements dans le quartiers sont en pleine croissance et le restaurant
a su profiter de l'effet boule de neige de ces quelques jours pour fidéliser
une nouvelle clientèle. Les fêtards d'un soir, séduits
par l'ambiance accueillante et les pizzas de Fifi, reviennent, devenant des
clients réguliers.
Supporteur avant tout
Même si la fête du Panier, demeure l'investissement de travail
le plus important de l'année le restaurant relaye également
d'autres types d'évènements nationaux ou locaux.
Lors de
la St-Valentin, le service est organisé par table de 2, et le restaurant
offre à toutes les valentines une rose rouge ( avec évidemment
l'accord de son preux Valentin )
Le 14 juillet demande lui aussi une organisation particulière car la
fête présente la spécificité d'avoir une très
grande affluence jusqu'à 22h, heure à laquelle le feu d'artifice
sonne le glas du service et provoque dans les 5mns suivantes la désaffection
de toutes les tables.
Mais à Marseille les évènements
rythmant le plus l'activité du restaurant restent les matchs de l'OM.
Et il est de coutume « Chez Angèle » de servir
de relais à la troisième mi-temps, celle de la fête et
de la joie de vivre où tout un chacun va oublier ses problèmes
personnels pour célébrer comme il se doit la victoire de son
équipe...
Pizzeria « Chez Angèle »
50 Rue de la caisserie
13002 MARSEILLE
Tel : 04 91 90 63 35
Relayer une fête : Petit guide (non-exhaustif)
des détails à ne pas oublier.
- Quelles sont les manifestations prévues dans la ville et
à quelle heure ?
Il est très important de savoir ce qui se passe en ville au même
moment et de prendre en compte la manière dont les évènements
peuvent s'interférer.
Le cas où un feu d'artifice est prévu
est bien représentatif : à l'heure du feu les tables vont se
vider, certains clients reviendront et d'autres pas.
De même, si
vous installez vos tables dehors, renseignez-vous si une parade est prévue
ou si un concert va avoir lieu
car cela peut grandement perturber le
service.
L'essentiel est d'être au courant pour surmonter les difficultés
et éviter les mauvaises surprises.
- Quelles sont les mesures de sécurité à prévoir
?
Une fête, c'est la joie, la foule et aussi souvent l'alcool. Certains
boivent plus que de raison et un débordement ou un accident peut toujours
arriver. De manière à éviter toute mauvaise publicité
pour son établissement il est important de se renseigner sur les mesures
de sécurité à prendre pour encadrer un événement
: présence de barrières, occupation du trottoir, service de
sécurité
Un évènement bien encadré
donnera une image responsable de l'établissement et contribuera, ainsi,
à sa bonne réputation.
- Quelle est le type de fête que l'on relaye ? :
Il est très important de se positionner en fonction de la fête
que l'on relaye. Les philosophies de la St Valentin, de la « Fête
des Mères » ou de la braderie de Lille sont radicalement
différentes et non interchangeables.
Il serait incongru de prévoir
des formules « Moules-Frites » à volonté
pour la St-Valentin tout autant que de prévoir un service par table
de deux et d'offrir un rose à toutes les femmes lors de la braderie
de Lille !
L'exemple est un peu extrême, il est vrai, mais chaque
fête a son esprit et c'est, en partie, ce que les clients recherchent.
Pour cela il faut, par exemple, adapter, en fonction de l'évènement
: Le nombre de personne par table (Fête des mères = famille,
St Valentin = couple), Les menus, les vins et boissons proposés
La capacité à cerner l'essence d'un évènement
et à s'y adapter est un vecteur de réussite d'un établissement.

Laurent Warnault est le propriétaire de cette taverne chaleureuse
Restaurant : La Triboulette à Lille
Triboulette ? Quel mot étrange! Issu du vieux français,
c'était un verbe qui signifiait voler, dérober, soustraire.
Le mot évoluera au fil du temps. Au XVIIéme siècle, il
se fixe dans le jargon des cabaretiers lillois pour désigner une pinte
de bière (d'environ 40cl). L'échoppe de Laurent Warnault est
l'héritière d'un nom chargé d'histoire. Fière
de son ascendance, elle assume pleinement son passé et se projette
dans l'avenir avec dynamisme.
Le qualificatif de brasserie flamande atteste
de cette volonté de promouvoir et de pérenniser les traditions
régionales.
La braderie
Laurent Warnault a eu une riche carrière dans le milieu de l'hôtellerie
restauration. Et c'est après avoir transité de nombreuses années
au sein de multiples restaurants qu'il décide, l'année dernière,
de monter sa propre affaire. Ses recherches l'amèneront à Lille,
où il reprendra le restaurant « La Triboulette ».
Les tenanciers précédents, désirant vendre la boutique
depuis prés de quatre ans, s'étaient désintéressés
peu à peu du restaurant. Laurent à donc énormément
de travail sur les bras. Il faut retaper l'endroit, le valoriser, réparer
tout ce qui est cassé et plus que tout reconquérir une clientèle.
C'est ainsi qu'il se jette, un peu à l'aveuglette, dans l'aventure
de la braderie.
« Les gérants précédents
nous ont dit que l'évènement marchait peu dans le quartier et
que eux avaient abandonner l'idée depuis longtemps. Ayant grandi dans
le nord, la braderie était pour moi un évènement incontournable.
C'est pour cela que, deux mois après l'ouverture, on a tenté
l'aventure de la braderie ».
Et cela marche! En dépit des visions pessimistes des responsables
précédents et du mauvais temps, les gens se pressent et se bousculent
dans l'établissement. La place venant à manquer dans l'échoppe,
les clients s'entassent à même le trottoir. « Les cuisines
ont tourné, pendant trois jours à plein régime de 12h
à 4h du matin. Le restaurant a servi pendant ce laps de temps près
de 250 couverts, réalisant ainsi l'équivalent de 15 jours de
chiffre d'affaire », précise-t'il.
Son secret ? Il propose la formule moules-frites à volonté
pour seulement 5,95 . En baissant ainsi le prix de la nourriture les
clients consomment plus d'alcool. Laurent et son épouse font ainsi
leur marge sur la vente de muscadet et surtout sur la bière qui coule
à flot en une telle occasion.
Son action commerciale à
eu un impacte retentissant, il est arrivé à faire redécouvrir
le restaurant à un grand nombre de personnes et à se créer
une clientèle fidèle. D'ailleurs, il affiche complet pour les
quatre jours de la braderie 2002. Bon nombre de clients, ne voulant pas rater
la fête, ont déjà retenu leur table.
D'autres fêtes également
Laurent ne se sent pas concerné par toutes les autres fêtes
de la même manière. Le 14 juillet, la fête des mères
et la fête de la musique sont pour lui des journées très
classiques.
Cependant le restaurant relaie d'autres fêtes ou évènements
comme le beaujolais nouveau, occasion pour laquelle il décline une
variante de la formule « Braderie », remplaçant
ainsi les moules-frites à volonté par un buffet campagnard à
volonté.
Pendant l'année d'autres évènements rythment la
vie de l'enseigne, des fêtes officieuses nées des désirs
des clients, ainsi de grandes soirées paëlla ou couscous prennent
vie. Les tables sont organisées en cercle et on célèbre
une joie de vivre jamais démentie.
La Triboulette
343,rue Pierre Legrand
59800 LILLE
Tel : 03 20 33 22 49
Voici le sommaire du numéro
65 :