Si la pomme fut le péché d'Eve, le cidre
pourrait bien être celui des hommes.
Sec ou doux, il connaît
aujourd'hui un regain d'intérêt. Fruit d'un travail séculaire,
il trouve aisément sa place aux tables les mieux garnies et saura
étonner les plus sceptiques.
Le cidre : fruit de la passion
Si l'on avait servi à Eve un peu de cidre, il est fort à
parier que la Pomme eut connu une toute autre destinée en ses mains.
Sans doute eut-elle été coupée, pressée, clarifiée,
soutirée puis servie avec passion.
De cette passion qui anime
ceux qui depuis bien des années répètent inlassablement
les gestes de leurs ancêtres. De cette passion qui grandit un produit
par la force de conviction qui sous-tend son élaboration. Le cidre
est comme le vin, la bière, l'hydromel
il est avant tout savoir-faire,
plaisir, rencontre d'une terre et d'un homme.
Une boisson géographiquement marquée
Sans doute méconnu dans trop de régions de France, ce
jus de pommes fermenté semble trouver une seconde vie. Et il la mérite,
cet ancêtre venu d'Espagne - où on le fabriquait au treizième
siècle - pour s'installer aujourd'hui en Normandie et en Bretagne
essentiellement. A eux seuls, les départements de Haute Normandie,
Basse Normandie, Bretagne et Pays de la Loire, représentaient près
de 96% du volume de cidre commercialisé entre le 1er septembre 1999
et le 31 août 2000, régions où l'on consomme 10.5 litres
de cidre par ménage acheteur et par an.
Une élaboration en plusieurs étapes
L'une des premières boissons nationales jusqu'au vingtième
siècle, le cidre a été et est encore, le fruit d'un
travail de passionnés qui, au fil du temps, ont su proposer une boisson
de qualité, pleine de fraîcheur, multiple, toujours surprenante.
En servant une bolée, c'est toute une histoire qui s'écoule
en un liquide sec, demi-sec ou doux. Une histoire et un travail minutieux
réclamant attentions, disponibilité, connaissances
La récolte
Le périple du cidre commence bien en amont, lors de la récolte
des pommes. A l'instar de la vigne, ce produit s'élabore par mélanges
savants de pommes acidulées, aigres ou douces en quantité
variable selon le résultat que l'on cherche à obtenir. Les
pommes sont ramassées au sol en plusieurs fois. Les premières
tombées, souvent verrées, sont mises à part et traditionnellement
réservées à la confection d'une eau de vie. Par la
suite, lorsqu'ils ont atteint leur pleine maturité, les fruits s'échappent
des branches et sont alors recueillis. Jamais gaulées, les pommes
ramassées de préférence par temps sec, achèvent
leur maturité en attendant la fabrication du cidre dans un lieu à
l'abri de l'humidité.
Du lavage au pressurage
Lavées et triées, elles seront ensuite broyées
(non réduites en purée mais coupées en quartiers) de
façon à faciliter non seulement l'extraction du jus, mais
également de permettre une meilleure clarification ultérieure
par le passage des pectines et du sucre dans ce dernier.
La pulpe ainsi
recueillie est mise à cuvée durant une dizaine d'heures avant
d'être enfin pressée.
La clarification
Le jus mis en tonneau va connaître au bout de cinq à
six jours une première transformation. A sa surface, une couche brunâtre
va s'échapper, constituée de toutes les impuretés,
tandis que la lie se déposera au fond. Cette étape importante
qui va permettre de clarifier le cidre et de décider d'une partie
du résultat final, répond à d'importants critères.
Fruits immatures, temps trop chaud
autant de circonstances qui risquent
d'accélérer la fermentation et d'empêcher l'évacuation
des impuretés.
Le soutirage : une étape essentielle
Soutiré dans un fût propre fermé de façon
à ne pas le laisser au contact de l'air mais à permettre tout
de même l'évacuation des gaz, le moût débarrassé
de ses impuretés et de la lie, commence à fermenter.
Au bout de deux mois environ, il pourra être mis en bouteille. Selon
la quantité de sucre restant, on obtiendra alors un cidre sec (moins
de 28 grammes de sucres résiduels par litre), demi-sec, doux sucré
ou doux très sucré. Il devra alors être bu de préférence
dans l'année.
Une pomme, des cidres
Qu'il soit doux (1,5° à 3°), brut (4° à
5,5°) ou traditionnel (5° à 6°), il trouvera toujours
un amateur pour l'apprécier au cours d'un repas, dans un cocktail
ou bien comme base d'une recette. Vous servirez un cidre doux en apéritif
ou accompagné de calvados et de crème de cassis, avec des
crudités ou au dessert. Le cidre brut, plus affirmé, sera
un bon compagnon pour les poissons, lapins, volailles, viandes rouges ou
foie gras, tandis que le cidre traditionnel relèvera les gibiers
et fromages. Servi à huit degrés dans un verre à pied
ou une bolée traditionnelle il possède suffisamment
de qualité pour recueillir l'adhésion du plus grand nombre.
Cocktail
Cidria :
1 bouteille de cidre doux,
10 cl de : jus de citron,
jus d'orange, Calvados
Pommes, oranges, cerises
2 cuillérées de sucre en poudre.
Servir très frais dans
des verres à cidre
Le bouchon de liège, Le meilleur ami du cidre
C'est à Dom Pérignon (1638 1715) grand inventeur
de champagne que l'on doit l'idée géniale d'avoir remplacé
les anciennes chevilles de bois entourées d'étoupe par le
bouchon de liège. On raconte qu'il aurait observé des moines
revenant de pèlerinage à St Jacques de Compostelle qui bouchaient
leur gourde à l'aide d'un morceau de liège. Dom Pérignon
comprit que ce matériau léger, élastique, souple, quasiment
imputrescible assurerait parfaitement le bouchage des bouteilles de champagne.
Dès lors, 100% de nos bouteilles de champagne sont bouchées
au bouchon de liège. Le vin et le cidre suivent également
le mouvement, tant le liège est réputé qualitativement.
Nicolas Mensior, président du syndicat des bouchonniers en champagne
nous l'explique : « Le liège possède un ensemble
de propriétés exclusives qui en fait un partenaire idéal
du vin, du champagne et également du cidre. Il est souple pour pénétrer
dans le goulot, élastique pour reprendre sa forme et obturer, adhérent
pour se maintenir. Le liège est un matériau barrière
idéal pour la conservation, puisqu'il est étanche à
l'oxygène. Il possède une neutralité organoleptique.
Il est un prodige de la nature ».
Le bouchon de liège a donc sans conteste des vertus d'étanchéité,
contribuant ainsi au bon vieillissement des vins notamment. Il est imperméable
au liquide et dans le cas des cidres et champagnes, il permet un échange
gazeux. Il apporterait même, dit-on, des arômes positifs.
Mais, il est également un matériau noble. Une récente
étude commandée par la Fédération nationale
du liège confirme que 85% des consommateurs de vin jugent le liège
préférable ou indispensable et que 90 % des français
pensent que le bouchon de liège est un signe de qualité pour
un vin. « Il provient d'une industrie non polluante, bio dégradable.
Il présente des propriétés que l'on ne peut créer
artificiellement. L'utilisation du bouchon de liège est en nette
progression, car il donne un aspect traditionnel, « fermier »,
au produit, il valorise une bouteille », précise Nicolas
Mensior.
MEMO
Le liège est le privilège d'un seul arbre au monde
: le chêne liège. Un chêne liège vit en moyenne
150 ans. Il faut attendre que l'arbre atteigne 40 ans avant de pouvoir utiliser
son écorce pour fabriquer des bouchons. Il donnera dans sa vie en
moyenne 20 000 bouchons. Le premier pays européen producteur de bouchon
de liège est le Portugal.