A 125 mètres au-dessus de Paris, Alain Reix rend
la Tour Eiffel savoureuse. Depuis dix ans, il propose une cuisine gourmande
et savoureuse, s'appuyant sur des produits de fête. Une étoile
Michelin a récompensé ce chef discret qui conjugue caviar
d'aquitaine, biche et homard pour le réveillon.
Dans la banlieue de Lyon, au casino Le Lyon Vert, Philippe Gauvreau a relevé
un sacré défi : celui de propulser la Rotonde dans le cercle
fermé des deux étoiles Michelin. Dix ans plus, cet élève
de Maximin se réalise pleinement dans des cuisines entièrement
réaménagées sur un plateau de 350 m2, et à la
tête d'une brigade qui a vécu le challenge depuis le début
et en perpétue l'enthousiasme pour un réveillon tout en surprise.
Alain Reix rend la tour Eiffel savoureuse
Pour ce réveillon, Alain Reix, élève de Le Divellec,
fête pile poil ses dix ans à la tête du restaurant Le
Jules Verne. A 125 mètres au-dessus du sol, il affiche une étoile
michelin, un carnet de réservation complet midi et soir, et prépare
un réveillon tout en fraîcheur savoureuse.
Au pied du pilier Sud, vous laissez votre véhicule à un voiturier
et rejoignez l'ascenseur privé qui vous hisse sans bruit ni appréhension
à 125 mètres au-dessus du sol. Accueilli par un personnel
chic et chaleureux, vous entrez alors dans un décor épuré
et contemporain (signé Slavick), mettant en valeur les structures
métalliques de la Tour qui jaillissent de toutes les perspectives.
Paris est à vos pieds. Bienvenue au Jules Verne, le restaurant gastronomique
situé au deuxième étage de la Tour Eiffel, dont le
service discret laisse la vedette à la vue mais aussi à la
cuisine gourmande et savoureuse du chef discret, sérieux et généreux.
Depuis 1992, Alain Reix a hissé ce restaurant à la clientèle
surtout étrangère, au niveau des meilleures tables de France
: une étoile dans le Guide Rouge, 16/20 et trois toques dans le Gault
Millau. A chaque saison, il change une dizaine de plats, laissant tout de
même son désormais classique Petit pain soufflé au gros
tourteau crème mousseuse aux crevettes grises. A son tout dernier
menu dégustation (110 ), son Carpaccio de coquilles saint-jacques,
tartare de buf, ufs de hareng « façon caviar »
prend le même chemin, tant il est astucieusement gourmand.
Ne faire que du bon avec amour, est le credo de ce chef qui conjugue terre
et mer, entre les saveurs d'une enfance passée au Maroc où
son père était fonctionnaire, et, les vacances savoureuses
qu'il partageait avec sa grand-mère qui tenait un restaurant en Dordogne
: « Elle élevait le cochon. Une fois par an, en février,
on tuait le cochon et on dégustait le jemboura, cette soupe dans
laquelle on cuit les boudins, avant de continuer par les grillades de porc
aux pommes de terre cuites sous la cendre. C'est bien simple, la cuisine,
je suis tombé dedans. J'ai commencé par faire de la pâtisserie,
cette science exacte. J'ai toujours aimé ça, je n'ai jamais
essayé autre chose et j'ai tout de suite voulu entrer dans le vif
du sujet, passant ensuite mon CAP en candidat libre ».
L'autodidacte rencontre Jacques Le Divellec, son maître.
C'est en 1969, qu'il entre donc directement dans le vif en commençant
à la Rochelle, au « Yacht Man » de Jacques Le
Divellec, qu'un oncle bienveillant connaît. Deux ans plus tard, remarqué
par le maître, il est déjà responsable de cuisine. Quand
le chef est en déplacement, il a aussi en charge le marché,
les commis et apprentis à qui il enseigne le légendaire Turbot
poché hollandaise : « Auprès de lui, j'ai appris
toutes les bases. Après, cela a été à moi de
me débrouiller. Avec mon épouse alsacienne, nous avons alors
créé La Table Gourmande, à Strasbourg ».
En février 1980, quand ils créent ce restaurant de 25 couverts,
il est en cuisine pendant qu'elle est en salle. Deux ans plus tard, le Michelin
leur décerne une étoile : « C'est vrai qu'on travaillait
de façon très professionnelle, mais nous avons été
vraiment surpris et d'autant plus motivés. Quand on se lance à
son compte, on se découvre des qualités qu'on ignorait ».
Sept ans plus tard, ils vendent la Table Gourmande qui affiche complet midi
et soir. Ils rachètent alors un autre établissement dans la
périphérie de la capitale alsacienne. Une aventure à
laquelle ils mettent un terme cinq ans après par lassitude : « Et
puis le hasard des rencontres m'a mis en contact avec le Jules Verne. Quand
je suis arrivé, c'était complet tous les soirs. L'objectif
fixé était de remplir le midi et de récupérer
l'étoile perdue. Aujourd'hui, le restaurant affiche complet le midi
trois semaines à l'avance, et il faut réserver trois mois
à l'avance pour le soir. Résultat, on garde la motivation
et on peut même dire que cela galvanise les troupes ».
Pour le réveillon, le chef part donc des produits de fête,
comme le caviar, la biche ou le homard. Les convives commenceront ainsi
par des huîtres en gelée avec une petite mousse chou fleur,
ufs hareng « façon caviar », puis du Foie
gras de canard en verrine, artichaut truffe gelée de truffe sur le
dessus servi avec un cake aux truffes. Ce sera ensuite la Marinière
de saint jacques, mousseux betterave, caviar d'Aquitaine, puis une Fricassée
de thon bleu avec salsifis, crème de corail, et, un Tournedos de
biche aux aromates farcie aux abats. Après le Vacherin Mont d'Or
affiné au vin jaune, ce seront le Pannequet aux fruits, lait glacé
avocat, fromage blanc coco servi à part, et les mignardises tout
chocolat.
Un réveillon bien loin de celui de son enfance, bercé
par des huîtres avec des crépinettes de porc, du saumon fumé
qui était alors un produit cher, de la dinde farcie de petits oiseaux
avec purée de marrons et la traditionnelle bûche. Ce qui fait
dire au chef, réaliste mais foncièrement optimiste : « Il
y aura toujours des gens qui aimeront bien manger, d'autres qui feront de
bons produits, mais il faudra juste y mettre le prix. La gastronomie française
risque de devenir de plus en plus élitiste parce que les bons produits
coûtent de plus en plus cher ».
Philippe Gauvreau : Ou 2 étoiles en casino
!
2 étoiles en sept ans ! Au sein du Casino Le Lyon Vert, l'élève
de Maximin, prix Taittinger 1997, a conquis la difficile et délicate
clientèle lyonnaise.
Philippe Gauvreau n'a pas mis longtemps pour atteindre les sommets étoilés.
Pourtant, rien n'était gagné pour cet enfant de Rambouillet
qui a grandi dans la rosée du matin du potager familial. Trois personnes
ont marqué le parcours de ce professionnel.
Il y a d'abord l'oncle Francis, dont la pâtisserie-confiserie
jouxtait la boutique de layette de sa mère : « J'y allais
d'abord les mercredis pour gagner un peu d'argent de poche. Puis très
vite, les samedis, les dimanches et jours fériés, travaillant
à la fois en pâtisserie et en traiteur. J'aimais le laboratoire,
cette ambiance très particulière du petit matin. Très
vite, je me suis mis à aimer ce métier : partir d'un morceau
de pâte, en faire une tartelette, réaliser une terrine ou un
plat cuisiné me passionnait. Très vite aussi, j'ai privilégié
l'aspect cuisine, étant gêné par l'aspect répétitif
de la pâtisserie où tout était organisé, programmé ».
Comme tous les gosses, il imagine alors plusieurs métiers (vétérinaire,
mécanicien) avant d'opter pour la cuisine, envoyé par le fameux
oncle Francis à Chartres.
Les années d'apprentissage le conduiront ensuite au Quai des
Ormes, avant de travailler au Grand Véfour, puis chez Jo Rostang,
à Antibes pendant un an et demi, avant de revenir à Nice,
au Négresco, chez Jacques Maximin, la deuxième rencontre,
la plus décisive : « C'est le coup de cur, à
la fois l'individu, la cuisine et tout ce que cela peut entraîner,
c'est-à-dire le travail spontané et constamment renouvelé.
Ce que j'ai découvert à travers lui et que je n'avais jamais
rencontré dans mon parcours ; cette faculté, cette facilité
même, de réaliser un menu de huit ou dix plats à partir
de produits qu'il avait sous la main et sans le souci de se caler sur la
carte ! »
Il démarre avec lui en 1986 au Négresco, puis il monte à
Paris pour la réouverture du Ledoyen de Régine où il
est le second de Philippe Dorange. Ensuite, il veut se lancer et oser. L'opportunité
se présente au Richemond-Trémoilles, une petite structure
d'une quarantaine de couverts pour lesquels ils sont sept ou huit en cuisine.
Le voilà lancé dans le vide, créant son équipe
et la gérant au mieux. Quatre ans passent jusqu'à ce que Hubert
Benhamou, du Groupe Partouche, le contacte et lui propose un gros challenge
: l'objectif est de décrocher deux étoiles au Michelin. Philippe
Gauvreau dit banco et débarque à Lyon avec une éducation
culinaire de la Côte d'Azur ! La mise en route est assez difficile.
Avec Maximin qui a accepté d'être consultant, ils proposent
alors une carte à la fois lyonnaise et méditerranéenne.
Les clients n'ont pas l'habitude de voir de telles couleurs, saveurs et
parfums dans leur assiette. Comme la cuisine lyonnaise est fort bien réalisée
dans d'autres établissements de la ville, ils optent alors pour la
cuisine qu'ils aiment
en utilisant les produits de la région.
Dès la première année d'ouverture, le guide Michelin
leur décerne la première étoile : « Je n'y
croyais pas si tôt. Avec un restaurant dans le casino qui n'était
pas embelli comme aujourd'hui, cette étoile avait une importance
capitale. Un casino étant avant tout un établissement de jeu,
il n'y avait pas encore dans l'esprit des lyonnais cette image gastronomique
de La Rotonde, confortée par l'étoile ».
Une première étoile au bout d'un mois, et la seconde
au bout de sept ans
Le Michelin donne ensuite raison à Hubert Benhamou en décernant
une seconde étoile en 2000. « Si la première étoile
était celle du binôme Maximin-Gauvreau, la seconde résultait
bel et bien d'un travail d'équipe avec Philippe Augé en cuisine,
Frédéric Fass et Alain Gousse en salle. Maximin parti, j'avais
les mains libres pour élaborer ma carte et réaliser le travail,
Richard Partouche succédant à Hubert Benhamou appelé
à Paris nous ayant laissé la même liberté de
travail ».
Dix ans plus tard, Philippe Gauvreau se réalise donc pleinement
au sein de cuisines entièrement réaménagées
sur un plateau de 350 m2. La salle de restaurant tout en courbes et décorée
Art Déco, est largement ouverte sur la cascade et le parc de Charbonnières
par de hautes fenêtres. Les tables sont joliment nappées et
largement espacées. Aucun doute, les clients y sont bien et peuvent
déguster les quatre foies pressés servis avec une salade de
fonds d'artichauts crus et cuits, la Grosse morille « Jumbo »
farcie de cuisses de grenouilles et queues d'écrevisses, le Tajine
de homard entier aux petits farcis (cassolette de semoule à l'aubergine
confite, jus de crustacés aux épices orientales) ou encore
le Canard au sang de Challans cuit rosé, présenté,
levé et pressé devant le convive.
A l'orée du réveillon, Philippe Gauvreau joue encore
la surprise. Hésitant entre le menu tout crustacés conjuguant
langoustine, écrevisse, homard et saint-jacques, ou encore le menu
tout homard avec une pince « droite »en millefeuille
de pâte aux herbes, blettes et jambon jabugo, est servie avec une
sauce ensoleillée « belle niçoise ». Autant
de réflexions pour lui qui, depuis l'âge de 16 ans, n'a plus
jamais passé un réveillon en famille, toujours au service
des autres
pour son plus grand bonheur au sein d'une brigade de 35
personnes qu'il dirige avec enthousiasme depuis le début de son aventure
lyonnaise.