
Joël Mean
Joël Mean traiteur à Aubervilliers
Le Banquet ne fait pas toujours recette !
Boulanger
et pâtissier durant de nombreuses
années, ce n'est qu'en 1996 que Joël Mean
renoue avec
une activité essentielle de son métier : traiteur. Il exerce
aujourd'hui
dans de nombreux départements, mais son constat
demeure partout le même :
trop exigeant, le banquet ne fait
pas toujours recette et il est préférable
de se tourner
vers les repas d'entreprise.
Un retour aux sources
La formation et le parcours de Joël Mean sont traditionnels : "j'ai
une formation
de boulanger, pâtissier et traiteur, précise-t-il,
mais pendant une dizaine
d'années, j'ai été ouvrier
boulanger dans l'Essonne et je n'ai pu exercer
le métier de
traiteur. Même lorsque je suis arrivé ici, à Aubervilliers,
je n'ai pas tout de suite exercé cette activité. Car, l'affaire
que je reprenais
alors, en mars 1981, était une petite boulangerie
et tout a été refait : le
fournil, la boutique qui fut
agrandie et le laboratoire à l'étage que j'ai
créé".
Durant une quinzaine d'années, Joël Mean et son équipe
vont continuer
leurs activités de boulanger et pâtissier
sans penser à celle de traiteur. "C'est en 1996, explique Joël
Mean, que de nouveau j'ai exercé mon métier
de traiteur
: la grande tour qui se situe à proximité a fermé et
nous avons
eu alors un fort manque à gagner qu'il nous a fallu
compenser.
En outre, le fait de créer une activité traiteur m'a permis
de préserver tout
mon personnel. Cette tour, en effet, comportait
de nombreux bureaux et, le
midi, nous avions beaucoup d'employés
qui venaient s'acheter leur repas à
la boutique, surtout des
femmes. Mais, poursuit-il, d'une certaine manière,
la création
de l'activité traiteur était inéluctable : à
la boutique, nous
proposons des produits traditionnels comme les plats
du jour, les sandwichs,
les salades, les quiches, etc.; mais cela
concerne une clientèle âgée . A
quoi il faut ajouter
de nombreux départs du quartier, car le 93 fait un peu
peur.
Pour ma part, je considère que cette peur est fantasmatique, car
depuis
18 ans et demi que je suis ici, il ne s'est rien passé".
Le lancement de cette nouvelle activité n'a pas rencontré
de difficultés du
point de vue de la clientèle : "en
grande partie, avoue Joël Mean, j'ai récupéré
la clientèle que j'avais aux Ulys, dans l'Essonne, et elle
s'est accrue dans
les départements de l'Eure et Loire et du
Loir et Cher. Les difficultés se situent plutôt du côté
du personnel : j'ai de plus en plus de mal à en trouver,
d'abord
parce qu'il faut bien avouer que les gens n'ont pas trop envie de travailler
et, ensuite, parce qu'il y a de moins en moins de personnel qualifié.
Certes, poursuit-il, les écoles sont pleines, mais cela ne
veut rien dire,
car rien n'assure d'une envie d'exercer son métier
à la sortie. Par exemple,
l'année dernière un
jeune s'est présenté en me disant qu'il ne savait rien
faire : il travaille toujours ici, car il a appris le métier sur
le tas".
Concernant l'organisation de réceptions, le problème
a été en partie résolu
: "faute de trouver du
personnel qualifié, explique Joël Mean, nous faisons sans, c'est-à-dire
que la plupart des réceptions que nous organisons se présentent
sous forme de buffets chaud et froid. Ainsi, les clients se servent
eux-mêmes
et pour une réception d'environ 150 personnes,
nous nous en sortons à quatre
et en famille : mon fils, qui
est organisateur et animateur de soirées, vient
nous aider
lorsqu'il y a un besoin et sa copine se charge de dresser les tables.
En outre, poursuit-il, nous nous sommes modernisés : nous avons fait
l'acquisition
d'un matériel en inox dans lequel nous cuisons
et gardons au chaud les plats".
Les inconvénients du banquet
Cependant, et contrairement à ce que l'on pourrait croire, Joël
Mean préfère organiser les repas d'entreprise plutôt
que les banquets du type
mariage, baptême ou anniversaire :
"à 80%, avoue-t-il, je refuse d'organiser
les banquets et cela
pour de nombreuses raisons. D'abord, il y a le problème
du
temps : lors d'un repas d'entreprise, les gens déjeunent, par exemple,
de 13 à 15h et à 18h au maximum je suis parti. Pour
un banquet, comme un mariage
par exemple, c'est totalement différent
: il faut être prêt à 18h pour l'apéritif
qui peut durer jusqu'à 20h ou 20h30 ; à minuit, normalement,
nous apportons
le gâteau et il faut compter encore 2 à
3 heures avant que les gens commencent
à partir ; le temps
de tout ranger, il est 5 ou 6h du matin. Un banquet représente
donc au moins deux fois plus de temps de travail qu'un repas d'entreprise,
ce qui ne signifie pas que le prix est lui aussi multiplié
par deux. Puis,
il y a les problèmes de coordination, en particulier
avec la personne chargée
de l'animation musicale. Lorsque je
travaille avec mon fils, tout va bien;
mais, il arrive souvent que
les clients choisissent eux-mêmes leur animateur
qui va mettre
une musique entraînante au moment de manger les plats chauds.
Les gens se lèvent donc pour danser et les plats refroidissent. Il
faut alors
les réchauffer, ce qui a pour conséquences
la mauvaise humeur des clients
et un retard parfois considérable
par rapport au temps prévu. Ensuite, ce
sont les goûts
de chacun : certains vont préférer la viande moins cuite et,
d'autres, plus cuite. Lors d'un banquet de 150 personnes, c'est ingérable.
Ensuite, poursuit-il, il y a les attentes des clients eux-mêmes
: avant, je
me présentais avec des menus, mais aujourd'hui,
je ne propose plus de menus,
car les clients vont prendre un menu
à 170 F par exemple, mais avec une sauce d'un menu à 250 F,
et en plus il n'en sont pas totalement satisfaits.
Je travaille donc à la demande. Mais, le problème est que
les gens ne savent
pas forcément ce qu'ils veulent : il y a
encore dix ans, on pouvait proposer un Gigot ou une Lotte, mais aujourd'hui,
on en mange toute l'année ! Enfin,
il y a le problème
du prix : les clients nous demandent de moins en moins
de choses,
mais ils ont des exigences de plus en plus élevées pour un
prix
souvent dérisoire. C'est pourquoi, lorsque je rencontre
pour la première fois des clients, je leur demande toujours quel
est leur budget. Récemment, par
exemple, j'ai dû organiser
un banquet pour un prix de 100 F par personne.
Toutes ces raisons font que, de mon point de vue, l'organisation de banquets
est de moins en moins intéressante. Mais, en même temps,
si je peux me permettre
de refuser certains banquets, c'est parce
que j'ai la boutique qui compense
: si je n'étais que traiteur,
je ne pourrais pas me le permettre". Il n'en va, bien évidemment,
pas de même pour les repas d'entreprise : "ce sont souvent
des
repas de travail, explique Joël Mean, qui commencent aux environs de
11h45
et se terminent à 13h30. Le plus souvent, ce sont des
apéritifs dînatoires
ou des buffets, ce qui représente
une économie de service considérable : on
peut s'en
sortir avec deux personnes. Toutefois, mes clients sont toujours
des
gens qui m'ont déjà vu travailler et j'évite d'organiser
des réceptions
pour des clients qui me contactent par fax,
par exemple, lors de tel ou tel
événement : on se retrouve
avec un repas à faire pour 2000 personnes et on
est payé
6 mois plus tard !
Mais, en général, la grande différence entre les repas
d'entreprise et les
banquets réside en ceci que dans le premier
cas, ce sont eux qui s'adaptent
à nous, ne serait-ce que du
point de vue de l'électricité par exemple, tandis
que
dans le second cas, c'est l'inverse". Malgré tout, Joël Mean
demeure optimiste:
"le traiteur est un métier d'avenir, conclut-il,
à condition que l'on soit
soucieux de la qualité du
travail. C'est pourquoi, il faut savoir choisir son personnel, c'est-à-dire
des gens responsables en qui on peut faire confiance".