Niellucciu, Sciaccarellu et Vermentinu assurent l’identité des vins corses


Le renouveau viticole entrepris sous l'impulsion de vignerons conciliant tradition et modernité, est une des grandes réussites économiques insulaires de ces dernières années et le vin corse a gagné ses lettres de noblesse non seulement au niveau du marché local, mais aussi bien au delà… même si, et ce n'est pas le moindre des paradoxes, l'exportation marche mieux hors frontière que dans l'hexagone.

La tradition n'est pas un vain mot à Bastia et à Ajaccio : les premiers plants de vigne ont été apportés ici par les Phéniciens voici vingt-six siècles. Du temps de l'Empire grec, les Hellènes mettaient le vin d'Aléria au rang de leurs favoris et les Romains n'étaient pas en reste, à l'image de Virgile qui évoquait le vin de Balagne, « couleur de rubis et agréable au palais ». Tout au long de l'histoire, l'évocation du vignoble corse n'a jamais cessé. Tour à tour, Pisans et Génois se désaltérèrent du breuvage jusqu'à la fin du XIXème siècle où comme ailleurs, le phylloxera et l'oïdium ravagèrent les plantations.

Tout juste le déclin enrayé, arriva la première guerre mondiale et son cortège de malédictions dont ne sortirent pas indemnes, les pieds de vigne. Il fallut alors de très longues années pour que la viticulture insulaire ne retrouve son dynamisme et ne redevienne un pan fort de l'économie régionale. Seulement, les vignerons ont eu l'intelligence de ne pas s'appuyer uniquement sur le savoir-faire acquis durant l'histoire et les potentialités naturelles offertes par le sol, le relief et le climat. Au contraire, certains d'être investis d'une mission de préservation et de valorisation du terroir, ils ont engagé une démarche qualité et privilégié la sélection et l'amélioration des cépages locaux, les technologies nouvelles et le strict contrôle des critères de qualité par la profession, afin d'allier un modernisme indispensable à la tradition. Il en résulte désormais neuf appellations contrôlées, réparties en trois niveaux : Corse, Village et Cru.

Si l'appellation Corse s'applique à l'ensemble de l'île, elle concerne principalement la Côte orientale et la vallée du Golo et se caractérise par une proportion importante de cépages importés, Grenache, Cinsault et Carignan. Cinq terroirs bénéficient de l'appellation Village : Calvi, Cap Corse, Figari, Porto-Vecchio et Sartène. Ici, la proportion d'encépagement corse est plus forte, essentiellement constitué de Sciaccarellu et Niellucciu, sauf au Cap Corse où le Vermentinu est majoritaire. Enfin, l'appellation Cru se retrouve à Ajaccio et Patrimonio, avec un encépagement Sciaccarellu majoritaire dans le premier cas, le cépage Niellucciu caractérisant le second.

Outre ces A.O.C., les vins de pays sont vinifiés à partir d'un assemblage de cépages insulaires et de cépages importés qui se sont parfaitement adaptés aux caractéristiques locales. Les rouges offrent des styles divers : fruités, chaleureux, trapus, complexes, au caractère terroir bien marqué ; les rosés sont colorés, francs, rafraîchissants ou plus puissants et charnus ; les blancs offrent plus d'originalité et de finesse. Nés de la restructuration quantitative du vignoble corse, les vins de cépages répondent à une demande du consommateur. Ils concernent des cépages riches en arômes primaires, vinifiés de façon à préserver leur caractère aromatique, des cépages au potentiel d'arômes secondaires révélés par une vinification appropriée et parmi ces derniers, quelques cépages qui développeront un bouquet subtil après élevage. Enfin, comme partout en France, il existe en Corse des vins de pays primeurs commercialisés à partir du 3ème jeudi de novembre destinés à une consommation plus immédiate.

Mais la particularité du vignoble corse, c'est bien l'utilisation de ces trois cépages purement insulaires : Niellucciu, Sciaccarellu et Vermentinu. Le premier nommé, parfaitement adapté aux sols calcaires, a fait la réputation des vins de Patrimonio, auxquels il donne une robe rouge foncée, mais se retrouve aussi en Corse orientale. Il libère des arômes de petits fruits rouges des bois, de violettes, d'épices et d'abricots. Des études ont montré en fait que le Niellucciu ne faisait qu'un avec le San Giovese de Toscane, cépage du chianti italien…

Le Sciaccarellu est le cépage noir caractéristique de la Corse granitique, en particulier autour des régions de Sartène et Ajaccio, considéré comme favorable à la production de vins de garde. Il donne au vin un nez poivré et dispense des arômes de fruits rouges, d'amande et de bois grillé, et une saveur de pêche et d'amande. Le Vermentinu, autrement appelé Malvoisie de Corse, est le cépage blanc du Cap Corse qui donne au vin une robe allant du blanc pâle transparent au jaune doré. Ces derniers sont plus aromatiques que fruités avec des arrière-goûts d'amande, de noisette, de pomme et de miel. Vins de garde par excellence, ils sont pourtant moins prisés que les vins à la couleur cristalline d'où se dégagent les arômes floraux.
Jean-Yves Dupain
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