Frédéric Anton

Ou la transformation de la matière comme passion

Bien planté sur ses jambes, regard perçant et sourire aux lèvres, Frédéric Anton, 38 ans, joue la carte vérité : « Je ne vais pas vous raconter les odeurs des plats de ma grand-mère ou mes tentatives infructueuses sous le regard de ma mère. Avant d'entrer à l'école hôtelière, je n'avais jamais touché une casserole ! ». Ce fils de militaire de l'armée de l'air a d'abord voulu être ébéniste parce qu'il a toujours aimé bricoler et transformer la matière avec plaisir.
Puis, à l'âge où il a fallu apprendre un métier, il a opté pour la cuisine et ses débouchés en rejoignant le lycée hôtelier de Gérardmer. « Aujourd'hui, je m'aperçois que finalement ébéniste et cuisinier ne sont pas des métiers si éloignés. Je taille fruits et légumes, viandes et poissons et je leur donne des formes ». Certes, serait-on tenté de dire, mais l'éducation du goût alors ? Le chef a réponse à tout : « Quand on apprend les techniques et les bases, le goût est là. Il s'affine au fur et à mesure des rencontres et des expériences. Finalement, vous savez une carrière, c'est une grosse part de travail et de qualités professionnelles, de sensibilité également, mais surtout de chance et de rencontres ».

Sans aucun doute, Frédéric Anton a fait de belles rencontres. Son premier boulot est au Grand Hôtel Bragard à Gérardmer. Il y découvre de beaux produits, une grande brigade et commence à faire ses gammes sur de grands classiques. Au Capucin Gourmand, à Nancy, il côtoie la passion du chef-patron étoilé Gérard Veissière : « il me parlait de cuisine du matin au soir, il me montrait ce qu'il fallait faire et ne pas faire, il a été un des déclencheurs, grâce à son ouverture d'esprit et à ses bases qui vous servent toute votre vie ».
Après son service militaire au mess des officiers de Nancy, on le retrouve à Lille, au restaurant Flambart 2 étoiles en qualité de chef de partie : « Auprès de Robert Bardot, un avant-gardiste à la cuisine extraordinaire, j'ai appris encore davantage en technique et je me suis ouvert vers la cuisine nouvelle génération. Vous savez, auprès de ces professionnels, on a toujours envie d'apprendre et ils vous le rendent avec leur générosité ». Il posera ensuite ses valises à Reims au Restaurant Château des Crayères, 3 étoiles Michelin : « Là, j'ai touché le 3 étoiles luxe, impressionné par le cadre et l'organisation de ce lieu magique de Gérard Boyer, une véritable institution ». Frédéric Anton n'a pas 25 ans et le voilà déjà avec ce prestigieux bagage professionnel. Reste que depuis deux ou trois ans, il écrit régulièrement à Joël Robuchon pour rejoindre sa brigade, et toujours sans réponse…jusqu'à ce jour de février 1989 : « Du jour au lendemain, vous êtes embauché comme chef de partie par le plus grand cuisinier du monde, un mythe vivant. Je n'ai pas réfléchi, j'ai foncé et côtoyé pendant sept ans un homme fabuleux, complet.
Qualité, tradition, perfection, vous additionnez tous ces mots, et c'est lui. S'il n'avait pas arrêté à l'époque, je serais peut-être encore avec lui. Comme il fermait, il a bien fallu chercher une place, et le hasard m'a conduit au Pré Catelan qui fait partie de la maison Lenôtre (groupe Accor), en qualité de chef des cuisines en mars 1997 ».
Très vite, sa carte proposera des déjà-classiques, à l'image de son Os à Moelle, l'un parfumé de poivre noir et grillé en coque, l'autre farci de champignons des bois et d'une compote de chou à l'ancienne mijotée dans un jus de rôti ; ou sa Langoustine croustillante, parfumée au paprika, feuilles de romaine en gaspacho, crème battue au caviar, ou son pigeonneau poché dans un bouillon aux épices, semoule au brocoli préparée comme un couscous, cuisses en petites merguez et quelques pois chiches.

Etonnant non ? Le résultat ne se fera pas attendre. Deux ans après sa prise de fonction, Frédéric Anton décroche la deuxième étoile au Guide Michelin. L'année suivante, c'est le titre de Meilleur Ouvrier de France, millésime 2000 : « quand vous êtes jeune, c'est un rêve. Je le voulais ce concours qui est un des plus stricts et des plus honnêtes, et puis j'avais travaillé pour Bardot et Robuchon qui sont MOF ». L'année 2000 sera d'ailleurs l'année de tous les medias, les guides Pudlowski, Champerard et Gault Millau en font le cuisinier de l'année, grand de demain, et le Bottin Gourmand lui donne 4 étoiles dans son édition 2001.

« J'avais choisi ce métier pour ses débouchés voici vingt ans où les chefs n'étaient pas médiatisés à ce point. Aujourd'hui, je mets les jeunes en garde car je constate que beaucoup n'acceptent plus l'investissement que nous avons fait, nous, pour y arriver. Alors, réfléchissez avant de vous orienter. On ne rentre pas comme ça dans une cuisine, pour s'apercevoir finalement que c'est contraignant, dur et fatiguant. On ne devient pas bon cuisinier d'un coup de baguette magique. Il faut en faire un peu plus que les autres, et c'est seulement après que les récompenses arrivent ».
Fiche technique
Article
François De la Valle

Frédéric Anton

Le Pré Catelan
Bois de Boulogne
75016 Paris
Tél : 01 44 14 41 44
Fax : 01 45 24 43 25
Archives
Voici le sommaire du numéro 67 :
Accueil | Editorial | Restaurant | Café | Innovation | Traiteur | Agenda | Les échos | Dossier | Talents de demain | Communiquer | Parole de caviste | Spécialité | Histoire des terroirs | Tradition | Carrière | Ambiance | Livres