Avec l'été, tout le monde a envie de couleurs
et de légèreté dans l'assiette. Philippe Conticini,
Flora Mikula, Bruno Turbot n'y coupent pas. Ils nous dévoilent leur
carte de l'été.
Philippe Conticini Fan de Kandinsky et de sa "nécessité
intérieure", Philippe Conticini, le chef du Restaurant Petrossian,
fait des tours de cartes sucrées et salées. L'ancien chef-pâtissier
de La Table d'Anvers, combine jusqu'à six ou sept saveurs avec audace,
intuition, émotion sans feuilletage, ni biscuit. Sa cuisine est faite
d'émulsions, de mousses allégées sans ufs ni
sucre, de surprenantes gelées d'hibiscus à la crème
de mangue et au vinaigre balsamique et d'inattendues purées d'avocat
au parfum noix de coco. Il revisite la mozarella, conjugue les petits légumes
d'été et prépare un risotto de carottes avec parmesan
et crème légèrement montée pour alléger
l'ensemble. Il ose aussi un brin d'airelles avec un vieux fromage corse,
de l'huile d'olive et de la fleur de sel si croquante. Ou encore un risotto
d'abricot et vanille au basilic avec un jus d'abricot à base de vin
blanc et de citron.
Philippe Conticini Tsar audacieux et intuitif
Le Pâtissier de l'année 91 Gault Millau a conçu et réalisé
les cartes salées et sucrées du restaurant Petrossian qui,
deux ans à peine après son ouverture, a décroché
une étoile Michelin. A Paris comme à New York, ce concentré
de chaleur humaine et de jovialité suscite une émotion maximale
sans feuilletage ni biscuit !
Lorsque Armen Petrossian est à la recherche d'un caractère
créatif pour faire évoluer sa maison presque centenaire, c'est
vers lui qu'il se tourne. Le milieu parisien crie à un mariage surréaliste,
mais le résultat est là. Ouvert en juillet 1999, le restaurant
Petrossian décroche une étoile Michelin en mars 2001. Les
deux hommes se sont compris, à tel point que Philippe Conticini,
le pâtissier plus connu pour ses étonnants desserts, se retrouve
à la tête d'une brigade de vingt personnes, à concevoir
et à réaliser les cartes salées et sucrées.
Il aura fallu six mois de recherche et six autres à travailler sans
relâche, pour qu'il prenne ses marques, entre deux allers retours
Paris-New York pour lancer l'été dernier la carte du Petrossian
Café.
Depuis, le saumon, le caviar et les desserts ont pris un relief inhabituel
boulevard de la Tour Maubourg. Le saumon fumé est servi avec un sorbet
de saumon blanc, une gelée et des chips et vinaigrette de betterave.
Les milieux de saumons assaisonnés sont accompagnés d'artichauts
au curcuma, avec une émulsion de pommes de terre fumées. L'étonnant
Philippe Conticini y a mis toute sa créativité. Toujours fidèle
à l'idée que le produit soit star, il a repensé la
pâte à blinis, tout en la respectant, pour créer ce
qu'il appelle le blin, très léger. Cela donne un saumon mariné-grillé,
blin sarrazin et topinambours à la crème de coriandre. Ou
encore l'esturgeon cuit en croûte de sel, blin de pommes soufflées
et carottes au sésame, et le homard breton et quasi de veau rôti,
blin tuile aux poireaux, polenta, haricots coco et parmesan.
Au piano, enthousiaste comme pas deux, il donne de l'aérien
au salé et réinvente au passage la découverte des saveurs
sucrées en concevant l'architecture du dessert à l'assiette...
dans la transparence d'un verre !
L'idée lui trottait depuis
ce soir de 1994 où, mû par une subite inspiration dont il a
le secret, il a repensé sa conception du dessert : "Superposez saveurs,
couleurs, textures et températures différentes dans un verre
à vodka par exemple. Plongez une cuillère au fond, prenez
un petit peu de chaque ingrédient et sentez comme ils fondent et
se confondent dans la bouche", souligne dans un large sourire ce grand affectif
qui évoque, l'il humide, ces moments où les convives
le prennent par la main et lui chuchotent "votre cuisine, elle touche l'âme
"ou surtout" on a l'impression d'avoir de la musique dans la bouche".
Dans la transparence d'un verre, une pâtisserie sans biscuit,
ni feuilletage, faite d'émulsions, de mousses allégées
et de textures étonnantes.
Car, ici, point de feuilletage ni
de biscuit, mais presque exclusivement des pulvérisations, des émulsions,
des mousses allégées, des purées surprenantes d'avocat
au parfum de noix de coco, et des gelées inattendues de mélasse
ou d'hibiscus à la crème de mangue et au vinaigre balsamique.
Car, ce que cherche ce professionnel, on l'aura compris, c'est l'émotion
pure. Celle qui le touche et qu'il veut retrouver en travaillant les produits-sucre,
beurre, acides, etc.- comme des condiments. Ainsi, en combinant librement,
il crée une architecture de goûts, un jeu de parfums, allant
jusqu'à saler ses desserts d'une fleur de sel aussi merveilleuse
que subtilement croquante. Dans le registre sucré, le pâtissier
de l'année 91 Gault et Millau ose ainsi le " Yablock ", une pomme
verte au four, bâtonnets de carotte confits et pop corn caramélisés.
Ou encore l' " Alma Ata " qui consiste en un pain d'épice, ananas,
glace vanille, jus de tabac et fruits de la passion. Et chaque fois, le
succès est au rendez-vous.
Précision, rigueur et émotions pour mieux libérer
une alchimie de goûts et de saveurs. Avec l'été, ce
magicien va redécouvrir les fruits rouges et noirs. Il jonglera avec
des fraises des bois, mûres et myrtilles, groseilles et cassis, estragon,
romarin, thym et surtout basilic dans les fruits ou les entrées.
Par contre, son été sera moins épicé : "j'en
utilise moins l'été, préférant apportées
le parfumé épicé par des herbes et leur jus". Il a
imaginé aussi un Risotto classique de carottes avec une crème
légèrement montée qui allège, et une pointe
de parmesan. Les papilles sont toujours en éveil pour ce fils spirituel
de Lucien Peltier qui place aussi dans son panthéon Pierre Gagnaire
pour sa liberté créative, Joël Robuchon pour son extrême
rigueur, et son frère bien sûr avec lequel il partagea treize
ans durant l'aventure de "La Table d'Anvers" avant de reprendre sa liberté.
Une liberté qu'il met à profit pour chercher et chercher
encore de nouvelles émotions gustatives, rejoignant ainsi la cohorte
de pâtissiers-Michel Guérard en tête-, qui ont apporté
à la cuisine leur sens de la précision, de la rigueur analytique
et de la compréhension en profondeur de ces si étranges et
merveilleux phénomènes gastronomiques.
Flora Mikula
Présentation :
Les Olivades
41, avenue Ségur
75007 Paris
Tél. : 01 47 83 70 09
Fax. : 01 42 73 04 75

Au restaurant Les Olivades, Flora Mikula ensoleille sa table, hiver comme
été. La poellée de Saint Jacques est accompagnée
de pointes d'asperges et huile vierge. La caille, confite dans l'huile d'olive,
est accompagnée de pommes vertes et pignons. Et en dessert, elle
ose un fenouil confit au safran, sorbet pommes gingembre. Les plats presque
rustiques qu'elle propose -souvenirs d'enfance ou de voyages-, sont mâtinés
de la rigueur et de la technique acquises auprès de grands chefs
comme Lorain, Vigato et Passard. Les poissons sont grillés, accompagnés
d'huile vierge et d'herbes. Et quand elle revisite la pissaladière,
c'est pour l'enrichir d'un succulent caviar d'aubergines, non conforme à
la coutume.
Flora Mikulma
La Provence à Paris
De sa jeunesse passée entre campagne et garrigue, celle qui
fut l'élève de grands chefs étoilés (Lorain,
Vigato et Passard), a gardé le goût des produits pleins de
saveurs de la Provence des terres et du littoral. Entre harmonie et contrastes,
elle dirige depuis cinq ans son propre restaurant, Les Olivades, dédié
à la Provence telle qu'on l'aime : colorée et généreuse.
Sa vie est un roman qui commence en Avignon avec la mort précipitée
d'une mère, l'amour d'un père polonais et d'une grand-mère
lorraine. Dès l'âge de 10 ans, elle se retrouve ainsi les mains
dans la pâte dans un quartier cosmopolite où Corses, Arabes
et Juifs pieds-noirs vivent en parfaite harmonie. Elle n'aime pas beaucoup
les études générales, mais surtout elle découvre
la cuisine et plus elle la découvre aux côtés de sa
grand-mère, plus elle se rend compte que cela lui convient entre
saveurs des saisons, herbes, fruits, melons et asperges qu'elle troque contre
des plats au voisin agriculteur.
A 16 ans, elle entre alors à l'école de cuisine de la
Chambre de Commerce et d'Industrie d'Avignon où les filles sont admises
pour la première fois. Par chance, les professeurs l'orientent vers
la gastronomie. Motivée, celle qui était médiocre élève
en maths et en langues, se met à travailler les matières d'enseignement
général et progresse considérablement. Les professeurs
qui considèrent que la femme est en salle et les hommes à
la cuisine, sont heureusement minoritaires. Elle se souvient surtout des
anciens professionnels qui lui parlent des grandes maisons et la préparent
à la réalité de son métier.
Conquise par cette passion de la cuisine, Flora Mikula décroche
son CAP et traverse la Manche pour rejoindre Londres. Elle travaille au
Ramada Hôtel, plaque tournante des jeunes allemands et italiens. Dans
une brigade de 25 garçons, elle est la seule fille. Malgré
son anglais basique, elle s'impose et progresse "parce que je n'avais pas
le choix", note-t-elle dans un sourire. Très vite, elle rejoint le
Méridien, étoilé Michelin, où elle rencontre
Jean-Michel Lorain, qui vient tous les mois en qualité de conseiller
culinaire.
En poussant la porte de l'Arpège, elle rentre
enfin dans la cour des grands.
Au bout d'un an et demi, elle décide de rentrer en France. Elle participe
à l'ouverture de la Manufacture de JP Vigato, et, un an après,
elle part dans un Relais Château des Caraïbes, à Saint
Barthélémy, pour parfaire ses techniques.
On la retrouve ensuite à New-York auprès de chefs français
parmi lesquels Bernardin. Certes, elle fait son trou, seule et unique française,
mais son envie de la France est plus forte. La voilà de retour, faisant
du "porte-à-porte" précise-t-elle.
En poussant celle de l'Arpège, Flora rentre enfin dans la cour
des grands. Alain Passard s'en souvient encore : "En janvier 1993, tous
les chefs cuisiniers de la Terre auraient aimé voir se présenter
cette jeune fille au visage d'ange souriant, captivée par le désir
de cuire et d'assaisonner. Ses joies et ses doutes conjuguaient déjà
la plus succulente recette d'un répertoire culinaire féminin.
Flora est humble, respectueuse des autres, acceptant les idées de
ses partenaires et les faisant fructifier en les mettant au service de son
évolution personnelle. Elle a la sagesse de rester posée et
d'écouter. Elle a compris que cette démarche lui permettrait
d'apprendre plus vite. C'est un formidable saucier, elle cuisine comme brode
une coutière, avec une subtilité, une délicatesse et
un doigté déconcertants", ajoute encore le chef de l'Arpège.
Au bout d'un mois, elle gagne ses galons de second de cuisine et avoue
volontiers : "C'est là que j'ai tout appris ; Alain Passard a une
vision de la cuisine très technique, des méthodes de cuissons
différentes et un rapport à la cuisine tout aussi différent".
En restant plus d'un an aux côtés du maître, elle acquiert
quelques grandes règles, comme l'amour inconditionnel du produit.
Elle décide de passer au stade supérieur en acceptant le poste
de chef à la Rotonde, la brasserie de Montparnasse, où les
patrons auvergnats lui accordent toute confiance. A raison de 250 couverts
le soir, elle apprend la gestion du personnel et des matières premières.
Un an et demi plus tard, elle est fin prête à
s'installer.
En juillet 1996, c'est chose faite. Avec son compagnon, Raphaël Peraud
(un ancien de l'Arpège), elle s'installe avenue de Ségur,
à Paris, en face du ministère de la Santé, et s'offre
avec Les Olivades, un véritable retour aux sources.
Très vite, la presse suit l'aventure de ce bistrot à
la cuisine provençale, dont on compte déjà au nombre
des plats incontournables : la Caille confite dans l'huile d'olive, croquant
de pommes vertes et pignons, la Cuisse de lapin confite dans l'huile d'olive,
frites de polenta ; la Canette rôtie au Côte du Rhône,
purée de céleri rave au beurre de truffes. Côté
desserts, elle ose même un Fenouil confit au safran, sorbet au gingembre,
un Mlleux au chocolat, glace lavande, ou encore des Petits pets de
crème aux calissons, madeleine au miel. Autant de plats qui sentent
bon la Provence des terres ou celle du littoral.
Flora Mikula réinvente une cuisine authentique,
rythmée par les saisons.
Au fil des souvenirs et anecdotes, Flora Mikula réinvente une cuisine
authentique, rythmée par les saisons dont on retrouve plus de 65
recettes dans les 160 pages de son livre "Ma Provence dans votre assiette"
(éditions Aubanel, 220 frs) : "Encore un livre sur la cuisine provençale,
me direz-vous ? Certes, mais celui-ci, c'est le mien, façonné
par mes souvenirs d'enfance et mon expérience.
Ce sont des plats rustiques que je propose, mâtinés de
mon expérience chez quelques grands chefs, inoubliables professeurs
qui m'ont appris rigueur et technique. Des plats métissés
aussi, résultante inévitable de mes différents séjours
chez les Anglo-Saxons. Les voix des traditionalistes s'élèvent
parfois contre ma pissaladière outrageusement enrichie d'un succulent
caviar d'aubergines, non conforme à la coutume, ou, contre mes oreillettes,
pour lesquelles je n'ai pas changé la recette originelle mais que
j'ai associées au citron de Menton et à un sorbet citron-thym.
Mais, lorsqu'on aime la vie, on ne peut pas se replier sur soi-même",
conclut cette jeune femme, mère d'un petit Stanislas, qui rêve
d'un restaurant plus spacieux et qui ne cesse de répéter aux
futurs professionnels : "Essayez de comprendre que dans un restaurant, on
mange le soir, les week-ends et les jours fériés. Que les
clients veulent être servis rapidement et avec le sourire. Et quand
on est une femme, si on ne veut pas rester secrétaire ou vendeuse,
il faut qu'on pousse un peu... mais pas plus qu'ailleurs".
Bruno Turbot
Présentation:
Le Clovis
2, avenue Bertie Albrecht
75007 Paris
Tél. : 01 53 89 50 53
Fax. : 01 53 89 50 51

Enfin, Bruno Turbot propose au Clovis une cuisine avec des mariages de saveurs
inédits, comme celui de la gentiane et du canard, de la livèche
et de la lotte, de l'artichaut et de la mangue. Son carré d'agneau
est parfumé à la crème d'ail et aux artichauts violets
et son "Triangle de homard breton" accompagné d'une salade de cur
de fenouil à l'anis vert. A l'image de ses deux confrères,
cet aventurier du goût qui a appris ses classiques chez Le Doyen,
au Petit Nice et à la Tour d'Argent, sublime le produit star en lui
associant d'autres parfums.
Bruno Turbot
Le coureur de fond au chapeau de magicien
Bruno Turbot, 37 ans, marie la gentiane et le canard, la livèche
et la lotte, la lavande le chocolat amer, ou encore l'artichaut et la mangue.
Dans la pure tradition du respect du produit, cet aventurier du goût
qui a fait ses armes chez Le Doyen, au Petit Nice et à la Tour d'Argent,
dose ses ardeurs pour mieux sublimer le produit au Clovis, un restaurant
une étoile...à l'Etoile.
Dans une rue calme en plein coeur de l'Etoile, à deux pas des
Champs-Elysées, le Clovis est intégré dans l'écrin
haussmanien du Sofitel-Arc de Triomphe, tout en possédant une entrée
indépendante de cet hôtel de caractère qui invite à
la douceur de vivre.
"Si loin, si proche" est la devise de ce restaurant une étoile...à
l'Etoile. Entre innovation et tradition, Bruno Turbot, propose une cuisine
toute en saveurs et en émotions pour que, l'instant d'un repas, le
temps suspende son vol. Artiste, il dose ses ardeurs pour mieux sublimer
le produit et s'extasie à chaque fois : "Le bar de ligne, quand il
nous arrive tout tordu et recroquevillé, la bouche encore ouverte,
il est si frais et si beau que j'ai juste envie de le cuire et de l'envoyer
à table tel quel. C'est un pur bonheur. Le produit est la véritable
star de ma cuisine. Son goût ne doit pas être détourné.
Mon rôle est seulement de le sublimer en lui associant d'autres parfums".
Mais attention, pour ce fils de traiteurs qui est tombé dans la marmite
quand il était petit, travailler dans le respect du produit ne signifie
nullement être timoré devant les mariages de saveurs inédits,
comme celui de la gentiane et du canard, de la livèche et de la lotte,
de la lavande et du chocolat amer ou encore de l'artichaut et de la mangue.
Autre spécialité du chef, ces chips aux drôles
d'arômes - betteraves, jambon fumé ou ananas -, dont il accompagne
ses plats. "Les mélanges de goûts, confie-t-il, je vais les
chercher tout au fond de ma mémoire gustative. Je les effectue d'abord
dans ma tête. Quelquefois, la recette est réalisable en un
instant, d'autres fois, je la mets au point pendant des semaines...Je suis
un coureur de fond. Je n'ai pas de chapeau de magicien ", glisse dans un
sourire ce professionnel qui sait ce que tradition veut dire.
"Une maison ne tient pas sans fondations", confie ce chef qui a fait
ses armes chez Le Doyen, au Petit Nice, au restaurant Prunier et à
La Tour d'Argent.
Tout jeune déjà, la cuisine était sa passion.
A 10 ans, il épluche les carottes dans le laboratoire familial. Naturellement,
il suit un apprentissage classique à la Chambre de métiers
de Versailles et chez "Rescator" à Versailles. A 17 ans, l'aventure
commence comme commis de cuisine chez Le Doyen où il apprend tous
les grands classiques auprès de M. Trocelier, MOF 1976 : "Même
si les goûts ont changé et que les sauces sont beaucoup plus
allégées, j'ai appris là toutes les bases pour faire
une carte...Nier les classiques, c'est comme faire une maison sans fondations".
Deux ans plus tard, il est demi-chef de partie sous la responsabilité
du chef Passédat, au "Petit Nice", deux étoiles Michelin.
" Dans cette superbe maison familiale, j'ai découvert les fruits
rouges, le poisson, et j'ai travaillé des produits extraordinaires.
"L'année suivante, il entre comme Chef de partie au restaurant Prunier,
avant de rejoindre La Tour d'Argent (3 étoiles Michelin), sous la
responsabilité de Dominique Bouchet. Auprès de l'ancien second
de Joël Robuchon, il apprend la rigueur dans un travail régulier,
très carré, où l'improvisation n'a pas sa place. Pour
mieux appréhender toute la dimension de son métier, Bruno
Turbot commence à lancer dans les concours... et remporte celui de
Moulins. En entrant en qualité de Sous Chef au Relais de Sèvres
(une étoile), commence alors toute une décennie de rencontres
et de concours. Sous la responsabilité de Roland Durand (MOF 82)
de 1986 à 1990, puis de Martial Enguehard (MOF 91) de 1990 à
1994, Bruno Turbot réussi à gagner 7 concours et non des moindres
: 1er Prix à Arpajon en plat chaud (90), puis en plat froid (92),
il remporte le Trophée du Coq Saint Honoré (93), le Trophée
Vandard (94).
Devenu Chef de Cuisine du Relais de Sèvres en 1994, il co-organise
les 30 ans de la chaîne Sofitel et le trophée gourmand du Figaro.
A la tête d'un effectif de 40 personnes, il maintient le macaron au
guide Michelin, tout en réalisant un chiffre d'affaires mensuel de
4000 KF, et l'étude de la mise aux normes HACCP des cuisines.
La même année, il décroche une étoile
Michelin et le Prosper Montagné.
C'est donc un chef en pleine possession de son métier qui accepte
alors en septembre 97 de relever le défi du Clovis. Très vite,
il place si haut le niveau de la prestation, qu'il se fait remarquer et
obtient une étoile au guide Michelin en mars 1998, et 15/20 au Gault
Millau. Une année 1998 qui le voit aussi remporter le prestigieux
concours Prosper Montagné.
Aujourd'hui, à la tête d'une brigade de treize cuisiniers
et de trois pâtissiers, le souci de ce finaliste au MOF 2000 est de
réaliser des fusions et accords intelligents. Sa méthode ?
Toujours la même : ne jamais masquer le produit mais toujours l'enrichir
pour qu'il prenne une dimension supérieure. Ainsi, par exemple, le
Triangle de homard breton, salade de cur de fenouil à l'anis
vert : "J'aime le goût d'iode de ce plat, le goût d'algue. L'acidité
de la vinaigrette à base d'anis" violente " un peu le homard tout
en lui apportant un supplément de fraîcheur". Autre atout de
taille, il arrive entièrement décortiqué, prêt
à être dégusté. Nulle lutte contre l'élément,
nulle tache en prévision : c'est la fine chair du crustacé
sans le tracas de la carcasse. "Un autre exemple ?" Le Carré d'agneau
rôti parfumé à la noisette, trompettes de la mort :
"La trompette de la mort a un goût incroyable de sous-bois, de terre.
L'huile de noisette relève à merveille ce parfum. J'ai conçu
ce plat comme une balade en forêt, en l'accompagnant d'une purée
de trompettes de la mort, dont j'ai extrait toute l'humidité afin
de retrouver leur authentique parfum".
A l'été, il retravaille la fleur de courgette, les fèves,
les petits légumes fanes, le safran et le carré d'agneau à
la crème d'ail et aux artichauts violets.
Avec sa carte qu'il
change tous les quinze jours, Bruno Turbot va vivre un bel été
au cur des saveurs : "Je vais retravailler le soleil, la fleur de
courgette, les fèves, les petits légumes fanes, le safran.
Tout en gardant les incontournables et classiques curs de filet, langoustines,
foie gras ou encore carré d'agneau à la crème d'ail
et aux artichauts violets. Avec l'été, comme tout le monde,
j'ai envie de légèreté, de couleurs".
Mais attention, le cuisinier-graphiste s'est fait de la sobriété
une règle essentielle : "Comme l'assiette flatte l'oeil avant le
palais. Jamais plus de trois couleurs sur une assiette, sinon ça
fait fouillis". Son art s'exerce alors plus librement dans les desserts,
exécutés en collaboration avec Jean-Marc Breney, un chef-pâtissier
de talent. Ces deux aventuriers du goût ont osé- et réussi-
plus d'un mariage : la pomme reinette et le sorbet anisé, le lait
de coco et l'orange sanguine, ou encore cette "fleur d'artichaut et compotée
de mangue, vinaigre de Banyuls".
Penché sur son piano, ce jeune chef très prometteur
n'en garde pas moins les yeux ouverts sur le devenir du métier :
"Quant j'ai commencé voici vingt ans, c'était un métier
passion. Aujourd'hui, avec la fameuse RTT, les jeunes ne veulent plus travailler
en coupure, le week-end ou même le soir. On récupère
les enfants des soixante huitards. Nous, on travaillait 16 à 18 heures
par jour. On apprend pas plus vite, et le métier est un peu en retard.
A nous de nous adapter avec une autre organisation, un autre management
sinon on va mourir. La machine est en route"