
Olivier Chesneau et une partie de son équipe
Café « Kro » à Fréjus
: Convivialité et professionnalisme
En 1991, Olivier Chesneau décide de s'installer
en bord de mer à Fréjus, après une expérience
de plusieurs années à Montpellier. Le changement est
important et radical aussi bien du point de vue de la nature du travail
que de celui de la mentalité de la clientèle. Une situation
de départ difficile que le professionnalisme d' Olivier Chesneau
et de son équipe a permis de redresser.
Redresser une situation difficile
Après plusieurs années passées à diriger un
Pub à Montpellier, Olivier Chesneau décide de changer et de
s'installer sur le bord de mer à Fréjus : «c'est un
peu par hasard que je suis arrivé ici, avoue-t-il. En réalité,
je suis tombé amoureux du site, car le paysage, à la fois
mer et montagne, est magnifique». Mais, en 1991, lorsque Olivier Chesneau
arrive à Fréjus, le Café Kro n'était pas encore
ce qu'il est aujourd'hui : «à la place, précise-t-il,
il y avait un restaurant-pizzeria. Nous avons donc tout refait nous-mêmes
de A jusqu'à Z sur plusieurs années. La situation n'était
pas très facile, car je ne suis pas arrivé avec grand chose
et ces travaux ont nécessité beaucoup d'argent». Cette
situation fut d'autant plus difficile que le concept mis en place par Olivier
Chesneau en 1991 n'était pas le même que celui d'aujourd'hui
: «durant 2 années, explique Olivier Chesneau, le Café
Kro était en fait un pur glacier, c'est-à-dire que j'avais
un laboratoire de fabrication de glaces et j'avais moi-même suivi
une formation adéquate.
Or, ce concept n'a pas du tout fonctionné
malgré la forte présence touristique. C'est un échec
que je ne m'explique toujours pas et d'autant moins qu'il n'en existe aucun
à Fréjus, alors qu'ailleurs ce type d'établissement
fonctionne très bien».
Mais Olivier Chesneau prend rapidement la mesure de la situation et décide
de modifier radicalement le concept du Café Kro : «j'ai en
effet décidé, explique-t-il, de reprendre la formule du Pub
et de l'adapter aux spécificités locales, et immédiatement
la situation s'est redressée, même si, d'une certaine manière,
j'en subis encore aujourd'hui les conséquences».
Sans
doute doit-on comprendre que la même idée ne peut se réaliser
de la même manière partout : «j'ai pu constater, précise
Olivier Chesneau, une différence notable entre, d'un côté,
Montpellier qui maintient l'esprit de la ville, c'est-à-dire un travail
annuel constant avec un véritable anonymat ainsi qu'une absence d'affinité
avec la clientèle et, de l'autre, Fréjus où la saison
touristique est importante et où les contacts sont plus conviviaux
et chaleureux».
Retour vers la convivialité
Grâce à cette chaleur et à cette convivialité,
la Café Kro est devenu le lieu incontournable de la bière
du port de Fréjus : «nous proposons une centaine de bières,
explique Olivier Chesneau. Nous avons la chance d'avoir une clientèle
fidèle qui vient ici toute l'année ; mais, du mois de mai
au mois d'octobre, notre activité dépend beaucoup du tourisme,
bien évidemment, mais également du temps. Durant cette période,
et en particulier en juillet et août, notre clientèle est composée
à 70% de touristes, ce qui nous permet de compenser l'autre partie
de l'année». Néanmoins, cette forte augmentation de
l'activité en période estivale n'occulte pas pour autant la
qualité de la relation aux clients et, en particulier, aux habitués
: «même l'été, précise Olivier Chesneau,
nous nous occupons de notre clientèle fidèle et, souvent,
on la voit venir prendre l'apéritif le soir, au comptoir. Mais l'hiver,
nous faisons des efforts en ce qui concerne l'animation : nous organisons
des soirées à thème ou nous faisons venir des groupes
de musique. L'été, poursuit-il, ce n'est pas véritablement
nécessaire, car le spectacle est à l'extérieur et,
de ce point de vue, la municipalité a accompli un gros travail aussi
bien en ce qui concernent l'animation que l'embellissement du bord de mer».
Cependant, l'essentiel est ailleurs : «les clients sont de plus en
plus pointilleux, explique Olivier Chesneau, et recherchent le contact.
C'est la raison pour laquelle nous nous efforçons d'établir
des rapports conviviaux et sympathiques avec nos clients : un petit mot
ou un petit cadeau, c'est-à-dire le petit truc qui fait plaisir.
De manière plus générale, poursuit-il, on peut constater
qu'il y a un retour vers la convivialité : de plus en plus de clients
viennent au comptoir pour échanger des idées. C'est pourquoi
il est nécessaire de proposer des animations à la clientèle
: les gens viennent s'ils se disent qu'il se passe quelque chose».
Mais la qualité de la relation à la clientèle dépend
également dans une large mesure de l'équipe elle-même
: «ce qui est primordial pour une affaire, avoue Olivier Chesneau,
c'est d'avoir une équipe constante où tout le monde marche
main dans la main. Ici, le contact qu'il y a entre nous se dégage
vers la clientèle. D'ailleurs, mis à part quelques rares exceptions,
ce sont toujours les mêmes personnes que nos clients retrouvent :
il y a Eric le breton, le responsable, Steeve Nekata, Fred le don Juan,
Raphaël Sancho de Cuba et Lolo le matinal».
Une exigence : le professionnalisme
Malgré tout, Olivier Chesneau a pu constater des évolutions
comportementales notables : «il y a une différence importante,
précise-t-il, entre la clientèle étrangère et
la clientèle française. La première regarde peu à
la dépense, tandis que les français font de plus en plus attention
à leur budget. Je pense que ce changement de mentalité de
la part de la clientèle française est dû en particulier
au 35 heures : les gens ont plus de temps libre, mais pas nécessairement
plus d'argent. D'ailleurs, on peut également constater que si on
prend plus souvent de vacances, on les prend moins longtemps et à
des prix peu élevés. C'est ce qui explique la baisse des apéritifs
: les gens n'en ont plus les moyens». De ce point de vue, d'ailleurs,
Olivier Chesneau déplore une concurrence souvent déloyale
: «non seulement la restauration rapide est pour nous un manque à
gagner important, avoue-t-il, mais il y a également de plus en plus
de distributeurs de boissons que l'on installe n'importe où et qui
détournent les jeunes du bar. En revanche, j'ai de très bonnes
relations avec mes collègues du quartier : j'envoie les clients s'acheter
à manger à côté et j'accepte qu'ils viennent
s'installer ici».
C'est la raison pour laquelle Olivier Chesneau est très attentif
aux exigences de ce métier et aux difficultés que l'on ne
perçoit pas toujours : «il y a 3 éléments essentiels
que l'on doit absolument prendre en compte lorsqu'on se lance dans le métier,
explique-t-il. D'abord, l'emplacement : le choix d'un mauvais emplacement
peut rapidement mener à la catastrophe. Ensuite, il faut travailler
en professionnel : il est nécessaire d'avoir une formation, car notre
métier relève de plus en plus de la gestion. Enfin, conclut-il,
avant de s'installer, il faut être hyper prévisionnel : ma
propre expérience m'a appris qu'il ne faut absolument pas partir
à l'aveuglette, car on risque gros et il faut de nombreuses années
pour rattraper une erreur».