
Les frères Charbonnel
Hôtel restaurant : Les Frères Charbonnel à
Brantôme
A l'occasion d'un séjour en Périgord, il
est un lieu, parmi tous ceux - nombreux - que compte cette magnifique région,
qu'il ne faut manquer sous aucun prétexte. Il s'agit de la ville
de Brantôme, traversée par la Dronne et connue certes pour
son église abbatiale, mais aussi pour l'un de ses hôtels-restaurants
: l'établissement des frères Charbonnel.
Appelée aussi la "Venise du Périgord", la ville
de Brantôme est un des hauts lieux touristiques du Périgord
vert. A titre d'exemple, on y compte 23 restaurants pour seulement 1 800
habitants en hiver.
En été en effet, la population quadruple, attirée non
seulement par la beauté et la tranquillité du site, mais aussi
par la richesse de la cuisine périgourdine. Pour s'en convaincre,
il suffit de pousser la porte de l'un des plus renommés des restaurants
périgourdins, celui de l'Hôtel Chabrol, plus connu sous le
nom de Restaurant des frères Charbonnel. Là, en plein cur
de la ville, face à l'église abbatiale et au bord de la Dronne,
Jean-Claude et Bernard Charbonnel, avec l'aide de leur personnel, sauront
vous faire comprendre que la réputation de la cuisine périgourdine
n'est nullement usurpée.
Un très vieil établissement, de grande renommée
L'Hôtel Chabrol tient son nom de la famille qui l'a édifié
et tenu pendant plus de 100 ans. Les Chabrol ont su faire de cet établissement
un des restaurants phares de la région. En témoignent notamment
les impressionnants livres d'or qu'ont conservés les Charbonnel et
où l'on peut lire les commentaires ravis et les remerciements émus
de tout ce que la France a connu de personnalités du monde des arts
ou de la politique. Auguste Rodin, Raymond Poincaré ou Aristide Briand
y ont ainsi laissé leur empreinte. De passage en 1938, François
Mitterrand y a même inscrit cette dédicace révélatrice
: "Brantôme est la neuvième preuve de l'existence de Dieu"
!
Une réputation qui a perdurée jusqu'à ce que
Mme Roy, dernière propriétaire issue de la famille Chabrol,
vende, dans les années 40, l'établissement à des gens
qui n'ont pas su maintenir cette renommée. C'est alors que les parents
des frères Charbonnel, qui tenaient un hôtel (l'Hôtel
Moderne) non loin du Chabrol, l'ont racheté pour lui redonner ses
lettres de noblesse. L'établissement, entièrement refait,
est alors passé d'un relais de poste avec écuries à
un véritable hôtel, pour rouvrir en 1957. Jean-Claude et Bernard
Charbonnel ont pris la suite en 1974 et ont su faire fructifier cet héritage,
en remettant constamment en cause l'acquis initial.
Le "Grand Hôtel Moderne et Chabrol"
D'importants travaux ont été effectués à plusieurs
reprises. Les derniers en date, qui se sont soldés par une refonte
complète des chambres et des salons, datant de moins de six mois.
La décoration, uvre de la fille de Jean-Claude Charbonnel,
a su allier tradition et modernisme et confère un cachet très
particulier à chacune des chambres, comme à chacun des paliers
et salons de l'établissement. De fait, référencé
aux Logis de France, dans le Guide Michelin, le Bottin Gourmand ou le Champerrard,
l'hôtel mérite ses trois cheminées et ses trois étoiles.
Ce sont ainsi 21 chambres qui s'offrent désormais aux touristes de
passage, comme aux personnes en déplacement professionnel, lasses
des chambres standardisées.
Ainsi que le souligne Jean-Claude Charbonnel, en effet, "une partie grandissante
de la clientèle ne trouve plus son compte dans les chaînes.
La force de l'hôtellerie traditionnelle et indépendante est
de pouvoir sortir des stéréotypes. Tout est fonction de sa
clientèle et de son mode de travail, mais si l'on veut réussir
aujourd'hui, il faut se personnaliser, avoir une image propre. La clientèle
qui aime votre établissement vous suivra dans tous vos choix et vous
restera fidèle". C'est déjà vrai dans l'hôtellerie
stricto sensu, mais cela l'est encore plus dans la restauration. La clientèle
est particulièrement volatile et sait elle-même sortir des
stéréotypes : "le client est aujourd'hui parfaitement capable
d'aller dans un très grand restaurant pour, le lendemain, déjeuner
dans un fast-food".
Au demeurant, l'hôtel n'est plus aujourd'hui qu'une activité
annexe par rapport au restaurant. 85 % du chiffre d'affaires est ainsi fait
en cuisine et la plupart des touristes qui viennent à l'hôtel
s'y rendent d'abord pour y manger.
Le Restaurant "Les Frères Charbonnel"
Outre les touristes, c'est toute une clientèle familiale qui aime
se retrouver à Brantôme. Du reste, le restaurant n'accepte
pas les banquets. La salle n'est ainsi jamais bloquée pour un mariage,
un baptême ou une communion. De même, aucun bus ne débarquera
son flot de touristes. "La clientèle d'abord" aime à souligner
Jean-Claude Charbonnel !
Il est d'ailleurs recommandé de réserver. La salle ne
peut offrir en effet que de 60 à 90 couverts en hiver et près
de 120 en été, grâce à une terrasse particulièrement
appréciée. La carte, illustrée d'un tableau représentant
l'hôtel et peint par un artiste de la région, propose de multiples
mets tous plus alléchants les uns que les autres. La cuisine, d'inspiration
régionale, a su évoluer pour tenir comptes des goûts
et des techniques nouvelles, ainsi que l'impose la Charte des Toques du
Périgord (Cf. encadré). Tous les produits locaux, sont travaillés
directement en cuisine : les foies gras bien sûr, mais aussi les truffes,
qui sont utilisées à raison d'environ 25 kilogrammes par an,
les cèpes, les canards gras, les pigeonneaux, les poissons nobles
et même les homards qui attendent leur triste sort dans l'aquarium
du hall d'entrée !
A titre d'exemples, on pourra ainsi débuter le repas par un
enroulé de sandre aux truffes (escalope de sandre farcie d'un hachis
de carottes et de truffes) ou une salade fine, aiguillettes et foie de canard
poêlé, voire, tout simplement, une assiette des foies gras
mi-cuits maison. Après cette mise en bouche, pourquoi ne pas continuer
par une fricassée de coquilles Saint-Jacques aux cèpes, ou
une omelette aux truffes du père Jean, ou bien encore un déshabillé
de bar aux morilles. Pour le plat de résistance, on choisira le dos
de pigeonneau grillé façon Rossini, une poulette aux truffes,
un carré d'agneau rôti au verjus du Périgord, gousse
d'ail confites, ou un cur de filet de buf et son foie de canard
à la Périgourdine. En dessert, le choix s'avère également
des plus vastes et c'est avec difficulté que l'on hésitera
entre la soupe de fraises au champagne, la crème brûlée
à la violette façon grand-mère, le feuilleté
de poires tièdes au caramel ou le gratin de fruits rouges et son
sabayon d'orange. Pour élaborer tous ces mets et les servir comme
il se doit, Jean-Claude et Bernard Charbonnel, qui officient en cuisine,
se sont répartis les tâches - à Jean-Claude la partie
chaude et à Bernard la partie froide - et sont assistés de
17 personnes qui travaillent à l'année au sein de l'établissement.
Compte tenu des horaires lourds qu'impose le service lors des nombreux coups
de feu, l'établissement ferme ses portes a peu près deux mois
dans l'année, du 15 novembre au 15 décembre et tout le mois
de février. Le reste du temps, il est ouvert tous les jours, pour
le plus grand bonheur des gourmets et des amateurs de bons vins qui ont
à leur disposition une carte offrant 240 sortes de crus différents.
L'amour du métier
Né dans le milieu de l'hôtellerie, enfant de cuisinier et destiné
à faire cette profession dès son plus jeune âge, Jean-Claude
Charbonnel est aussi Président des Toques du Périgord. Son
amour du métier, "un beau métier", ne l'empêche pas
d'être lucide quant à son avenir. Jean-claude Charbonnel estime
en effet qu'il s'agit là d'un métier en perdition, notamment
en raison de la difficulté croissante à pouvoir conserver
un personnel qualifié en nombre suffisant, pour satisfaire une clientèle
à juste titre exigeante. Sans doute, est-ce une menace qui pèse
sur l'ensemble de la profession. Cependant, Jean-Claude Charbonnel ne tarit
pas d'éloges sur son art et aime particulièrement le contact
avec ses clients et savourer la satisfaction de leur faire plaisir et de
créer des plats de ses propres mains. Du reste, après une
visite à l'Hôtel Chabrol, on ne peut qu'en être convaincu.