Depuis toujours, vous avez été considéré
comme une personne gaie et dynamique, pleine d'humour, envisageant la vie
sous le côté positif, toujours avec le sourire... C'est votre
façon de vivre et vous appliquez ces préceptes de bonne humeur
dans votre établissement, au quotidien. C'est d'ailleurs votre carte
de visite : ici le patron "rigole". Oui mais voilà, cela est-il toujours
du goût de vos clients?
Parmi vos clients, il en est certains que vous voyez très
régulièrement, ils sont devenus des "habitués". Logiquement,
cette meilleure connaissance de leurs attentes et de leurs besoins vous
permet de leur offrir un service exceptionnel, voire même complètement
à la carte. C'est toujours une force... Même votre attitude
vis-à-vis d'eux est différente, le ton est plus proche, vous
prenez des nouvelles, vous vous asseyez à leur table pour discuter
de la pluie et du beau temps.
Trouver un équilibre entre la convivialité
et la familiarité
Car c'est là que se situe l'écueil. Entre un accueil chaleureux
réservé à des habitués et une attitude trop
familière, la frontière est ténue. Ainsi, Maxime, retraité,
descend toujours dans le même hôtel à La Baule : "Cela
fait 10 ans que nous venons à cet hôtel, les propriétaires
nous connaissent bien, ma femme et moi. C'est vrai qu'ils connaissent nos
goûts, le prénom de nos enfants et petits-enfants. C'est très
agréable, on se sent un peu chez soi....". Il est certain qu'il apprécie
cette proximité due à une longue pratique. Ce n'est en revanche
pas du tout le cas de Nathalie, mère de famille qui a décidé
cette année de chercher un autre hôtel : "il est vrai que nous
sommes venus dans le même hôtel 5 années de suite, mais
l'été dernier, d'agréables et conviviaux, les propriétaires
sont devenus trop familiers... La goutte d'eau qui a fait déborder
le vase, c'est quand ils ont commencé à me tutoyer et à
m'appeler par mon prénom. C'est quelque chose que je réserve
à mes proches, pas à des personnes que je vois tous les ans,
15 jours !".
D'un accueil personnalisé à une intrusion
dans la vie privée, la barrière venait d'être franchie.
Et c'est la même chose chez un restaurateur, un traiteur ou un cafetier
: il faut savoir trouver le ton adapté au client : du classique "Bonjour,
Madame Dupont, ce sera quoi aujourd'hui?" au "Salut Marcel, comment vas-tu?",
il y a une distance que certains n'accepteront pas de voir franchie, c'est
alors une question de psychologie afin de pouvoir juger le degré
de familiarité qui sera accepté.
L'humour à bon escient
Votre établissement, c'est un peu le reflet de votre personnalité,
et quand le propriétaire est considéré comme un boute-en-train,
il n'est pas rare de retrouver beaucoup d'humour dans son établissement
sous une forme ou une autre. Là aussi, tout est histoire de dosage
et parfois aussi de clients. Ainsi, Georges, fonctionnaire à la sécurité
Sociale apprécie "ce restaurant où tous les murs sont couverts
de reproductions de caricatures et de dessins humoristiques. Quand je vais
dîner, mon jeu favori est d'essayer d'en découvrir le plus
possible voire d'identifier les nouveaux, car le patron, pour accentuer
le jeu, les change régulièrement pour rester à la pointe
de l'actualité. C'est de bon goût et tous les clients habitués
comme moi adorent çà ! " L'humour un peu décalé
est ici devenu un atout commercial non négligeable. Jouer sur le
ludique est en effet une tendance très actuelle dans le monde du
CHR et nombre d'établissements se sont lancés dans l'aventure.
Avec plus ou moins de succès comme nous l'explique Martine, chef
de produit marketing : "je suis allée déjeuner dans un restaurant
tendance bistrot. Dès l'entrée il y avait des petits panneaux
humoristiques sur les femmes et le vin, du style Almanach Vermot, le ton
était donné. Mais le pire, ça a été dans
les toilettes, et franchement j'ai été loin d'apprécier.
Au lieu de trouver ça amusant, j'ai trouvé que c'était
vulgaire et je me suis sentie agressée... Je ne suis pas particulièrement
prude, mais il faut savoir garder une certaine retenue dans l'humour, ce
qui n'était vraiment pas le cas. " Et pourtant l'idée de départ
était bonne mais mal exploitée car poussée à
l'extrême. Vis-à-vis du client, quel qu'il soit, il faut sans
doute savoir doser ses effets et garder une certaine retenue, que ce soit
dans son comportement, mais aussi dans la présentation de son établissement.
En toutes choses, trouver le juste milieu entre convivialité et familiarité...