
Sydney Temperton
Le Sydney à Evreux : Une relation privilégiée
aux clients
Après 20 ans passés au Beffroi à Evreux,
l'un des établissements les plus importants, Sydney Temperton décide
de créer son propre établissement : Le Sydney, toujours à
Evreux. Il y entreprend aussitôt des travaux afin de créer
le bar qui n'existait pas. C'est que Sydney Temperton tient à préserver
les relations privilégiées et traditionnelles qui se nouent
autour du comptoir.
Des clientèles identiques aux motivations
différentes
Après ses études hôtelières à l'Hôtel
de France à Evreux, en 1974, Sydney Temperton entre à la Brasserie
le Beffroi en 1976 : « c'est sans doute l'établissement
le plus important d'Evreux, précise-t-il. J'y suis resté 20
ans et, en 1996, j'ai décidé de m'installer ». A
l'origine, Le Sydney n'était qu'un restaurant : « j'ai
entrepris des travaux durant une dizaine de jours afin de créer un
bar qui, pour moi, est indispensable. Il y a un côté relationnel
plus chaleureux et j'y suis dans mon élément ».
Aujourd'hui, Le Sydney a 5 ans et le pari de Sydney Temperton est en passe
d'être gagné : « je ne connaissais pas la clientèle
qui était ici avant mon arrivée, mais c'était tout
de même mon intérêt de m'installer, car j'ai amené
avec moi ma propre clientèle qui, pour l'essentiel, s'est ajoutée
à celle qui existait déjà ».
Au Sydney se côtoient donc des clientèles relativement identiques,
mais dont les motivations et les comportements diffèrent quelque
peu : « nos clients du restaurant sont essentiellement des personnes
qui travaillent dans le quartier, explique Sydney Temperton, et ils viennent
ici pour passer un moment agréable, au calme. En revanche, les clients
du bar, souvent les mêmes, recherchent plutôt une ambiance festive,
chaleureuse et conviviale. Ils se sentent ici chez eux et veulent décompresser.
Ainsi, ils jouent à la Belote, au 421, tout en prenant l'apéritif.
D'ailleurs, poursuit-il, tous les vendredis soirs, nous organisons des apéritifs
prolongés, c'est-à-dire jusqu'à 21h ». Le
choix du vendredi est délibéré : « c'est
la fin de la semaine et, souvent, le samedi, les gens préfèrent
aller au restaurant et au cinéma ». C'est le même
jour que Sydney Temperton organise des soirées à thèmes
: « une fois toutes les 4 ou 5 semaines, explique-t-il, je fais
venir un groupe de musique (jazz, musique celtique, etc.) et je reste ouvert
jusqu'à 1h du matin. Je propose un plat unique pour ceux qui le désirent,
mais je ne renouvelle pas l'expérience trop souvent, car on risquerait
de se lasser ».
Préserver un aspect traditionnel
Malgré tout, Sydney Temperton tient à préserver le
caractère traditionnel de son établissement : « la
mode est actuellement au Pub, explique-t-il, mais ici, je tiens à
préserver un aspect traditionnel, aussi bien au bar qu'au restaurant.
Certes, la lutte contre l'alcoo -lisme a eu un certain effet, puisqu'on
est passé de 5 à 6 verres par personne à l'apéritif
à 2 ou 3 ; mais, dans l'ensemble, les gens continuent de venir au
bar, même s'ils consomment moins. De mon côté, d'ailleurs,
je ne fais aucune différence entre les clients : que l'on consomme
10 whiskies ou 1 café, un client reste un client, et la relation
que j'ai à l'un ou à l'autre demeure identique. L'essentiel,
poursuit-il, est que le client se sente à l'aise et, pour ce faire,
il faut toujours être à l'écoute de ses souhaits et
ne jamais le décevoir ». Contrairement à beaucoup
de ses confrères, Sydney Temperton pense que le bar traditionnel
n'est pas mort : « les gens continuent de venir au bar, avoue-t-il,
mais il faut également savoir les attirer et les conserver. Le plus
important en la matière est le côté relationnel que
beaucoup ont oublié. Il est certes important de servir des produits
de qualité, mais il faut également discuter avec les clients
et, pour ma part, c'est ce qui me plaît dans ce métier. Je
tiens à ce que ça reste ainsi ».
C'est le même souci qui motive Sydney Temperton pour le restaurant
: « la relation au client n'est pas la même ici, précise-t-il,
car les gens viennent pour être entre eux ; et, si le temps passé
à table a considérablement diminué, les gens recherchent
toujours l'aspect traditionnel et, d'ailleurs, y reviennent de plus en plus
nombreux. Ici, nous avons une moyenne de 30 couverts, au déjeuner
seulement, du lundi au samedi ». On retrouve cet aspect traditionnel
dans les propositions du Sydney : 2 menus à 60 et 88 F où
l'on peut choisir, entre autre une Terrine campagnarde, des Filets de Harengs
marinés, du Saumon fumé sur toasts grillés ou une Salade
de gésiers et foies de volaille ; un Saumon grillé, un Faux-filet,
une Escalope, un Steak d'agneau à la crème d'ail ou des Gambas
au pastis ; plateau de fromages et dessert. On pourra également se
reporter au menu « minceur » à 60 F ou à
la carte avec des salades de 44,5 à 48 F, des plats de 28 à
68 F.
Le restaurant est indispensable
Néanmoins, le bar à lui seul ne peut fonctionner : « le
restaurant est devenu indispensable, avoue Sydney Temperton, car le bar
ne nous permet pas de survivre. D'ailleurs le restaurant traditionnel est
également en difficulté, en raison de l'implantation de plus
en plus importante d'établissements de restauration rapide : aujourd'hui,
les gens mangent n'importe quoi. Il s'agit là, en fait, d'un phénomène
de société, car le coût d'un repas n'y est pas moins
élevé que dans un établissement traditionnel. Mais,
en général, ce sont les enfants qui y traînent leurs
parents et cela leur permet de passer moins de temps à table. Ce
qui nous fait peur, poursuit-il, c'est précisément l'avenir
de nos petites affaires, car beaucoup de choses changent et nous avons du
mal à résister aux grandes chaînes. Nous avons déjà
fait beaucoup d'efforts, mais nous ne pouvons pas aller au-delà,
car cela représenterait des investissements supplémentaires
importants que nous ne pouvons pas toujours assumer ».
L'expérience de Sydney Temperton lui permet donc de tirer un enseignement
essentiel concernant ce métier : « lorsqu'on se lance dans
le métier de cafetier, conclut-il, il est indispensable de commencer
petit, car ainsi on limite les risques. C'est souvent pour voir trop grand
que de nombreux cafetiers sont contraints de mettre la clé sous la
porte ».