
Je ne regarde pas en arrière :
à présent, mon seul souci est de satisfaire ma clientèle
Traiteur André à Fontenay-aux-Roses : L'artisanat
au service de la qualité
Lorsque Philippe André et son épouse reprennent
l'entreprise familiale en 1981, l'activité traiteur commence de se
développer. Durant 10 ans, ils vont l'accroître davantage jusqu'à
ce que, en 1991, des difficultés importantes les obligent à
diminuer l'organisation des réceptions pour se concentrer sur l'activité
du magasin. Ces circonstances furent plutôt un bienfait pour Philippe
André qui, ainsi, a privilégié la qualité artisanale
sur la quantité industrielle.
Une entreprise familiale
C'est en 1953 que les parents de Philippe André, venus du département
voisin de l'Eure, créent l'entreprise familiale qui deviendra le
Traiteur André : « au début, précise Philippe
André, c'était une grosse charcuterie dont l'activité
essentielle était concentrée sur les marchés de la
région. C'est à partir des années 70 que l'activité
traiteur a commencé de se développer ». C'est en
effet dans ces années-là que Philippe André entreprend
une formation de charcutier à Paris, à l'Ecole Professionnelle
de Charcuterie, rue Jean Ferrandi, pour être employé dans diverses
entreprises de la région parisienne durant 4 années. « C'est
en 1981, explique Philippe André, que, mes parents ayant décidé
de partir à la retraite, mon épouse et moi avons repris l'entreprise.
Il y avait déjà une petite activité traiteur, mais
nous avons fait en sorte de la développer davantage, jusqu'en 1991 ».
C'est en effet à cette date que tout bascule : « jusque-là,
poursuit Philippe André, nous étions 10 personnes à
travailler et nous avions des clients importants, de sorte qu'il nous arrivait
souvent d'organiser des réceptions de 300 personnes avec 5 à
6 mariages par an. Mais, en 1991, nous avons voulu créer le magasin,
à quoi s'est ajoutée une grave récession. Les 2 éléments
combinés ont entraîné une situation très difficile
qui nous a contraint d'abandonner les marchés et une grande partie
de l'organisation de réceptions. A présent, nous ne sommes
plus que 2 à travailler : ma femme et moi. Lorsque nous avons à
organiser des réceptions importantes, je loue un camion, emploie
des extra ou fais appel à la famille, car nous sommes toujours une
entreprise familiale. Mais, dans l'ensemble, l'activité du Traiteur
André est concentrée sur le magasin ».
Des changements importants de mentalité
Indépendamment de ces causes occasionnelles, la diminution de la
quantité des réceptions organisées s'explique par des
raisons plus structurelles : « le premier problème, explique
Philippe André, concerne la location des salles. Les clients ont
du mal à en trouver et, lorsqu'ils en trouvent, leur prix est très
élevé, de sorte qu'il absorbe une grande partie de leur budget.
En fait, ce sont les restaurants qui ont profité de cette situation,
car ils mettent des salles à la disposition des clients qui, de ce
fait, se sentent obligés d'y manger. Mais il y a aussi, poursuit-il,
un deuxième problème : la formation des jeunes et leur motivation.
Notre métier a en effet des exigences particulières dans la
mesure où il y a intensité irréguliere qui obligent
à travailler davantage que ce qui était prévu. Normalement,
ce surcroît de travail est compensé par des récupérations
en périodes creuses. La mentalité a changé en 15 ans
: auparavant, on travaillait dans un esprit familial et je louais moi-même
des appartements pour des jeunes qui venaient de province. Quant à
la formation, poursuit-il, elle a été radicalement modifiée.
Avant, les directeurs venaient avec les jeunes voir les entreprises dans
lesquelles ils les plaçaient et ils prenaient régulièrement
des nouvelles.
Aujourd'hui, tout se fait par téléphone, de sorte qu'il y
a maintenant 10 ans que je ne travaille plus avec les B. P. »
A cela s'ajoute enfin un changement de mentalité de la part de la
clientèle elle-même : « avant, se souvient Philippe
André, Fontenay-aux-Roses, était la ville de la région
parisienne où il y avait le plus de femmes au foyer qui s'occupaient
des enfants, certes, mais qui géraient également le budget
alimentaire.
A présent, nos villes sont devenues des cotés dortoirs : quand
les gens ont fini de travailler, ils rentrent chez eux et ne sortent plus.
A Bagneux, par exemple, il n'y a presque plus de commerce et plus du tout
de traiteur. Cela a entraîné une modification radicale du comportement
alimentaire : il y a eu d'abord la mode des pizzas, à tel point que
j'ai dû arrêter d'en faire, puis ce furent les restaurants chinois
et grecs. Autrement dit, il y a un partage des clients qui ne peut être
compensé : lorsque les gens sortent 2 fois par semaine, il ne faut
pas s'attendre à ce qu'ensuite ils viennent chez le traiteur ».
Privilégier la qualité
Ce constat réaliste n'est cependant pas synonyme de nostalgie : « je
ne regarde pas en arrière, avoue Philippe André, car, à
présent, mon seul souci est de satisfaire ma clientèle et
le seul moyen d'y parvenir est de privilégier la qualité sur
la quantité. Certes, les gens mangent moins qu'avant et leur alimentation
s'est diversifiée. Mais, dans l'ensemble, ils continuent d'apprécier
les produits artisanaux de qualité. C'est pourquoi je m'efforce de
proposer des produits haut de gamme. On retrouve le même aspect dans
l'organisation des réceptions : les gens passent beaucoup moins de
temps à table, car ce qui leur importe n'est pas la quantité,
mais la qualité. Ainsi, ils préfèreront une petite
dégustation à un grand repas familial. Ce sont tous ces éléments,
poursuit-il, qui me poussent à vouloir préserver une entreprise
artisanale, car c'est le seul moyen de proposer d'authentiques produits
de qualité ».
Ces produits, on peut les retrouver dans les propositions du Traiteur André
: des Canapés Assortis avec, entre autres choses, des Crêpes
Farcies, des Navettes de crudités et charcutières, Pains et
Brioches surprises, des Petits fours sucrés, pour des prix allant
de 55 à 72 F par personne ; des Cocktails Dînatoires avec des
Poulets Farcis, des Timbalines de crudités, des Chips maison, des
Brochettes de Porc colombo, des Filets de Canard chaud-froid pour 145 ou
160 F par personne ; des Buffets Froids où l'on trouve une Coquille
de saumon, un Kit de coquille de colin, des Aiguillettes de canard laqué,
une Salade piémontaise pour 168 ou 185 F par personne ; enfin, des
Menus où l'on pourra choisir entre, par exemple, un Mazarin, un Vol
au vent fruits de mer ou un Saumon sauce verte, une Pintade aux morilles,
un Gigot farci aux cèpes et sa garniture ou un Cochon de lait, Plateau
de fromages et desserts pour 175 à 200 F par personne.
Le magasin, quant à lui, est à la hauteur de sa réputation
: « la diminution des réceptions, précise Philippe
André, nous a permis de proposer des produits plus luxueux en faisant
moins, mais mieux. Finalement, Fontenay-aux-Roses est resté un petit
village convivial malgré son développement et notre clientèle
est très hétérogène : nous avons aussi bien
des personnes âgées qui viennent chercher leur tranche de jambon
que des clients qui viennent pour des occasions particulières. D'ailleurs,
cette année semble relativement exceptionnelle, car j'ai commencé
à faire du foie gras et du saumon fumé dès le mois
de septembre, ce qui signifie qu'il y a un retour vers le commerce traditionnel.
Cela est sans doute dû aux problèmes alimentaires que l'on
a connu : les gens font de plus en plus confiance aux artisans et c'est
à nous d'être à la hauteur. Pour ma part, conclut Philippe
André, je suis fidèle à mes fournisseurs et je surveille
de près la marchandise ».