Fidélisation de la clientèle, B A Ba
ou originalité : tout est permis

Fidélisation de la clientèle
Un client qui vient, c'est bien. Un client qui revient,
c'est gagné ! Et c'est bien là la difficulté. Mais
la profession est unanime : aucune méthode de fidélisation
ne portera ses fruits si elle ne s'appuie pas auparavant sur un acquis solide.
De l'accueil au service en passant évidemment par la qualité
de la nourriture, il est des points nécessaires et indispensables
avant d'espérer apporter un « petit plus« susceptible
de faire la différence. Ensuite, c'est selon ses envies, sa clientèle,
son lieu d'implantation qu'il faudra savoir s'adapter pour, après
avoir attirer le consommateur, le garder et surtout l'inciter à revenir.
La tournée du patron
Avant que les professionnels ne fourmillent d'idées pour y parvenir,
le premier patron de bistrot de l'histoire a dû inventer, aussitôt
installé, le principe de la tournée du patron : une table
de quatre qui commande quatre tournées et le propriétaire
se doit d'offrir la suivante. C'est sympathique, c'est commerçant
! Mais encore faut-il, comme le précise Schauffeur Mogny au Détends-toi
à Lyon, que le patron soit présent. Sinon, le serveur ne peut
pas prendre l'initiative seul : « C'est le propriétaire
qui a la possibilité de retenir ses clients. C'est le sens de la
vente » souligne le tenancier lyonnais.
Le happy hours
Si la tournée du patron est une tradition solidement établie,
le happy hours est plus récent, venu en droite ligne, comme son nom
l'indique, des pays anglo-saxons. Il s'agit donc, dans un créneau
horaire aussi précis que limité, d'offrir deux consommations
pour le prix d'une avec le triple espoir d'attirer la clientèle,
d'espérer qu'elle restera au-delà de l'heure dite et de la
voir revenir ainsi le lendemain. Cette opération de marketing a aujourd'hui
tendance à se transformer peu à peu et, plutôt que de
doubler les commandes, nombreux sont les bars à proposer des boissons
à prix fixe (tous les apéritifs à dix francs) durant
un laps de temps délimité. Mais l'intérêt reste
le même
tout comme les limites de l'opération : pour
être rentable, le happy hours doit s'appuyer sur une clientèle
importante et l'établissement doit avoir la superficie et le personnel
suffisants pour absorber sans difficulté un afflux de clientèle,
aussi passager fut-il. Si le consommateur attend trop longtemps, il s'en
ira ailleurs, happy hours ou non !
Les cartes de fidélité
En hôtellerie, la mise en place des happy hours pourrait être
de mauvais goût, même si la traduction en français de
l'expression anglaise inciterait plutôt au bonheur ! Pour fidéliser
leur clientèle, les hôteliers ont donc la possibilité
de mettre en place une carte de
fidélité : après
un certain nombre de nuits, la suivante est offerte par la maison. Ce système
est plus en vogue dans les chaînes, d'autant que la multiplicité
des établissements et leur répartition géographique
sur l'ensemble du territoire est un avantage indéniable. Seulement
si à l'étranger, la méthode porte ses fruits, elle
semble avoir des difficultés à s'imposer en France : seulement
16 % des « voyageurs« possèdent une carte de
fidélité hôtelière. La crainte d'être cloisonné
à un établissement bien précis est sans doute un sentiment
tricolore. L'objectif premier de la fidélisation est autant de retenir
son client que de l'empêcher de ne pas aller chez le concurrent :
or le Français tient avant tout à sa liberté et à
la possibilité d'aller là où il le souhaite, selon
son humeur du jour.
En restauration, ce sont principalement les pizzerias qui appliquent ce
système : une carte tamponnée à chaque commande et
la onzième pizza est gratuite. Les trois associés du Capri
à Saint-Genis-Laval dans le Rhône, ont testé la méthode
dans l'établissement qu'ils tenaient auparavant et ne cachent pas
qu'elle fonctionnait. Seulement aujourd'hui, ils ne renouvellent pas l'expérience
parce que leur implantation en zone industrielle et la concurrence peu importante
ne la justifient pas : « Quand il y a une forte concurrence, c'est
un plus indéniable. Mais n'allez pas croire que c'est suffisant.
Il faut d'abord faire correctement son métier ». D'ailleurs,
si les cartes de fidélité fonctionnent en restauration, c'est
principalement en restauration rapide et vente à emporter : là
justement où l'offre, particulièrement en ville, est la plus
importante.
En Isère, « La table gourmande« est une association
créée voici une vingtaine d'années, regroupant des
cuisiniers de métier désireux de défendre la qualité
de leur table et les produits du terroir. Ils ont donc mis au point, eux
aussi, une carte de fidélité afin de promouvoir leurs tables
: le client doit faire tamponner sa carte dans chacun des établissements
adhérents à l'association, avant de pouvoir bénéficier
d'un repas gratuit dans l'un des restaurants de son choix.
Le geste qui compte
De l'apéritif inclus dans le menu au digestif systématiquement
proposé gratuitement en fin de repas, il existe mille méthodes
pour être aux petits soins avec sa clientèle et donc l'inciter
à ne pas oublier l'adresse de l'établissement quand elle s'en
va. Ainsi, Au refuge, dans la proche banlieue de Saint-Étienne, Stéphane
Lapierre ne facture jamais le café : « Je veux garder le
côté convivial et ainsi, tous les clients bénéficient
du café gratuit qu'ils prennent le repas à 65 F. ou à
185 F. ». D'autres préfèreront offrir un kir pour
ouvrir l'appétit, tandis qu'au Capri, à Saint-Genis-Laval,
l'accent avait été mis lors des premiers mois d'ouverture
sur un digestif maison : « ça marque d'autant plus les
gens que ce n'est pas un geste courant. Et si ça les marque, ils
reviennent ».
La mémoire sera tout autant avivée si la boisson, le dessert,
voire le repas du petit dernier est « oublié« au
moment de l'addition. Ce n'est pas forcément seulement l'importance
(financière) du geste qui compte, plutôt la façon de
le faire
Envers les entreprises
Pour les restaurants, la clientèle d'affaires est capitale, particulièrement
en agglomération. La fidéliser est donc important. Pour des
repas qui servent d'appuis à des réunions de travail plus
ou moins formelles, la possibilité d'offrir un salon indépendant
est un plus bien réel. Mais le plus souvent, c'est à la rapidité
du service que les personnes qui travaillent sont attachées : le
temps, c'est de l'argent pour vous, comme pour eux !
La mise en place de comptes d'entreprises est également capitale
une fois le contact noué et la confiance établie ! Si ces
facilités de paiement incitent forcément le client à
revenir, elles nécessitent néanmoins d'avoir une comptabilité
aussi saine que disponible : être payé 30 jours, voire plus,
fin de mois, n'est pas forcément à la portée de toutes
les caisses venues. L'idée des propriétaires du Capri d'offrir
un rabais sur les repas pris plus tôt que la moyenne, permettant ainsi
un deuxième service plus facile, est également intéressante,
d'autant plus que le passage aux 35 heures assouplit et module les horaires
de travail : le traditionnel 8 heures/midi, 14 heures/18 heures n'est plus
guère de saison.
A chacun sa méthode
S'il existe des méthodes de fidélisation bien connues, cela
n'empêche pas chacun de faire preuve d'originalité en sachant
s'adapter à sa clientèle. L'hôtelier peut ainsi fournir
gracieusement le journal à l'heure du petit-déjeuner ou proposer
un parking fermé : plus les services sont nombreux, peu chers sinon
gratuits, plus ils inciteront le client à revenir.
Certains
cafetiers proposent également des cartes prépayées
: le client achète ainsi à l'avance un certain nombre de consommations,
avec une ristourne par rapport à un achat jour après jour,
et fait tamponner sa carte au fur et à mesure de ses commandes. La
méthode présente en particulier de l'intérêt
dans l'environnement proche des établissements scolaires, avec une
clientèle jeune et peu argentée.
Mais l'imagination n'a pas de limite. Un restaurant breton a ainsi institué
des repas enfants « coloriage« , où les chères
têtes blondes peuvent dessiner à loisirs pendant que papa et
maman dégustent : chaque mois, le meilleur dessin est primé
D'autres sont liés à des cinémas et proposent avec
le menu, des réductions sur les séances du soir.
Les chaînes en particulier ne cessent d'innover pour fidéliser
leur clientèle, certaines pizzerias permettant par exemple aux plus
jeunes de passer derrière le four et de préparer eux-mêmes
leur « calzone« ou leur « quatre saisons« certains
soirs de la semaine, petite photo avec la toque sur la tête de l'enfant
offerte en prime. Si l'organisation propre aux chaînes et les moyens
qui en découlent facilitent toutes ces opérations de marketing,
il n'est pourtant pas interdit de s'en inspirer et de les adapter à
son propre établissement.
Selon les statistiques, fidéliser un client coûte entre 3 et
5 % moins cher que d'en recruter un nouveau. C'est dire l'importance de
bien cibler son programme de fidélisation et de le considérer
comme un produit marketing au même titre qu'un autre. N'empêche,
la fidélisation de la clientèle passe avant tout par le respect
du client comme l'assène, et le pratique, avec force, Schauffeur
Mogny : « L'accueil, la sympathie du service : c'est ça
qui incite le client à revenir chez moi ». Et ses tapas
des mardis, jeudis et vendredis soirs n'ont pas fini d'étendre leur
renommée entre Saône et Rhône.
Jean-Yves Dupain

Le détends-toi
Le détends-toi à Lyon
Bar-restaurant « Le détends-toi »
Propriétaire : Schauffeur Mogny
7, quai des Célestins
69002 Lyon
Tél : 04 78 42 54 51
« Je ne triche jamais avec ma clientèle » ;
« Je n'ai jamais raison face à un client » !
Schauffeur Mogny, que tout le monde à Lyon connaît sous le nom
de Chocho, n'est pas un novice dans le petit monde du bar-restaurant. Après
avoir appris son métier au Colonial Café, auprès de Gilles
Gariani, aujourd'hui installé à Miami en Floride, il a ouvert
plusieurs établissements dont le dernier en date, « Le détends-toi« ,
un petit bar sans prétention sur les quais de Saône.
Sans
prétention peut-être, mais un an après l'ouverture, Chocho
a déjà une clientèle fidèle qui ne manquerait
pour rien au monde un apéritif devant son bar : « C'est les
mardis, jeudis et vendredis soir. C'est grandiose ! Au départ, j'ai
d'abord constaté les jours où ça pouvait le plus marcher
et, le bouche à oreille aidant, c'est devenu un lieu de rencontre incontournable
avec un noyau d'habitués et un cercle qui s'agrandit à chaque
fois ». Ces soirs-là, le verre n'est pas moins cher qu'à
l'accoutumée. Simplement, Chocho accompagne l'apéritif de tapas
faits maison : « Et c'est autre chose que les cacahuètes
que l'on trouve ailleurs » !
Au « Détends-toi« , l'ambiance s'est rapidement
mise en adéquation avec le nom du bar et son propriétaire n'a
qu'un but, apporter un peu de bienêtre à sa clientèle
: « Ma seule raison d'être, c'est de respecter mon prochain.
Alors, je ne triche jamais avec ma clientèle, je cède toujours
face à ses exigences et à Lyon, je suis effectivement connu
comme quelqu'un qui a le respect. C'est aussi pour cela que j'ai une clientèle
fidèle ».
Même les appellations des plats appellent le consommateur à oublier
ses soucis quotidiens. Vous pouvez ainsi commencer votre repas avec une « grossssalade« ,
baptisée du doux nom de « Relaxe« (ce peut être
aussi « Cool« , « Détends-toi« ,
« Détends-moi« ou « Calmes-toi« )
avant de poursuivre par un plat de viandes, « La vérité,
si j'ai faim « (qui peut être également remplacé
par « Rigole avec le canard« , « Danse avec
le veau« ou « Zen« si vous préférez
le poisson) : « parce que c'est important de travailler avec humour,
tant que vous respectez le client ».
En revanche, Schauffeur Mogny n'a pas reconduit ici l'expérience des
happy hours qu'il avait instaurée dans ses établissements précédents
: « Je manque de place, mais c'est sûr que c'est une formule
qui peut attirer du monde et fidéliser les consommateurs. Quand on
a un grand établissement, il ne faut pas hésiter à le
faire. Seulement, pour que ce soit rentable, il faut avoir le débit
nécessaire : vous n'allez pas vendre un apéritif anisé
à 10 francs, si le même jour vous ne vendez pas la bouteille
entière ». Fort de son expérience, Chocho incite aussi
les patrons de bar à trouver un accord avec leurs fournisseurs : « Il
est en effet important que les brasseurs vous suivent dans votre opération,
qu'ils travaillent main dans la main avec vous ».
Reste l'inévitable
tournée du patron, qui participe aussi à fidéliser sa
clientèle : « Mais ça, c'est le respect du commerce,
le respect du métier. C'est une possibilité offerte au patron
pour retenir sa clientèle. En revanche, c'est uniquement une prérogative
du patron, dont ne disposent pas les serveurs, qui oblige de mettre la main
à la pâte ». Mais, loin de toutes formules miracles,
Schauffeur Mogny sait bien que la meilleure méthode pour fidéliser
sa clientèle réside dans le rapport humain : « L'accueil,
la sympathie
C'est d'abord ça qui l'incitera à revenir
chez moi. Si le client est roi, il reviendra ». Alors, sur les bords
de Saône, ce n'est pas demain la veille que les apéritifs « grandioses« manqueront
de consommateurs

Le Capri
Le Capri à Saint-Genis-Laval
Le Capri
Propriétaire : Fabrice Blanchard, Thierry
et Eric Bitoun
75, chemin de la Mouche
69230 Saint-Genis-Laval
Tel. : 04 78 51 82 52
S'adapter aux besoins de sa clientèle
« Le Capri« n'a que six mois d'existence, mais Fabrice
Blanchard, Thierry et Eric Bitoun, les trois associés qui le dirigent,
n'en sont pas à leur coup d'essai et connaissent leur mission à
la perfection : « Notre rôle est d'accueillir le client, le
garder et l'inciter à revenir le lendemain » ! Et pour cela,
il est une méthode infaillible : « Assurer une bonne qualité
de nourriture, accompagnée d'un accueil et d'un service agréable,
et s'adapter au désir de sa clientèle qui sera différent
selon l'implantation de l'établissement ».
Ainsi, « Le
Capri « est-il installé dans une zone industrielle et ne
fonctionne que pour le déjeuner : « C'est un endroit où
beaucoup de gens travaillent et la concurrence n'est pas très importante.
Nous ne sommes que trois établissements sur le secteur. En revanche,
c'est une clientèle qui n'a pas de temps à perdre et la rapidité
du service est donc essentielle ». Durant les trois premiers mois
de leur installation, Fabrice, Eric et Thierry avaient fait le choix d'offrir
systématiquement un digestif maison : « Ca marque tout de
suite le coup, car les consommateurs remarquent que c'est un geste plutôt
rare ».
En revanche, ils n'ont pas remis en place la carte
de fidélité (dix pizzas achetées, la onzième gratuite)
qui avait cours dans leur établissement précédent : « C'est
une opération qu'il faut cibler par rapport à sa clientèle.
Avant, nous avions une concurrence importante de traiteurs et de plats à
emporter. Dans ces conditions, c'est sûr que la carte, ça marche.
C'est un plus indéniable
, mais c'est quand même pas ça
qui va vous permettre de garder votre clientèle si à côté,
vous n'assurez pas, si vous ne faîtes pas correctement votre métier ».
Par contre, en zone industrielle, il est d'autres moyens d'attirer et de fidéliser
une clientèle : « Ici, on essaie d'avoir une démarche
particulière pour les groupes, en proposant des menus types à
prix fixe et attractif. Et pour les entreprises, nous n'hésitons pas
à les mettre en compte, même si ce n'est pas toujours facile
d'être payé à échéance quand vous débutez.
Mais ça fait partie du jeu, de la confiance à établir
: ainsi, nous avons en clientèle une entreprise qui fait de la formation
et chaque jour, il nous envoie au moins dix personnes ».
Les trois associés avaient également, dans un autre lieu, mis
en place une formule originale de fidélisation qu'ils pourraient renouveler
au Capri si le besoin s'en faisait ressentir : « Nous proposions
un prix plus bas pour une table qui s'engageait à manger avant l'heure
traditionnelle du service. C'est un bon moyen d'attirer du monde qui est rendu
possible par la mise en place des 35 heures et de la souplesse dans les horaires
qui en découle. Et ça permet d'assurer un double service sans
trop de difficultés ». Un service supplémentaire est
également envisagé, avec la livraison, même en petite
quantité, directement sur le lieu de travail : « Quand la
demande n'est pas quantitativement importante, c'est un créneau qui
n'intéresse pas forcément les traiteurs. A nous de le prendre ».
Cette adaptation aux besoins de la clientèle n'est pas un vain mot
au Capri : « Ainsi, nous avions un café qui n'était
pas du goût des consommateurs. Alors, plutôt que de le changer
sans réfléchir, nous en avons servi trois différents
pendant quelques jours jusqu'à ce que tout le monde se mette d'accord.
Quand le client est roi, c'est la meilleure fidélisation possible ».
Voici le sommaire du numéro
55 :