Les skis sont fartés. Les gants, anoraks et combinaisons
sortis des armoires. Les jambes des accros de la neige fourmillent d'envie
.
Les vacances de sports d'hiver, c'est pour bientôt et il va falloir
se préparer à cette longue saison. Car tenir un établissement,
hôtel ou restaurant, épicerie en station, est un travail bien
particulier avec une clientèle qui, une semaine durant, aura des
besoins spécifiques.
Marie-Anne et Jean Peretto le savent bien, ils sont à la tête
de l'auberge du Poncellamont à Arêches (Savoie) depuis 16 ans
: « C'est la maison familiale de mes beaux-parents que nous avons
aménagée en hôtel » explique Marie-Anne. Si
l'établissement est ouvert été comme hiver, la clientèle
n'est pas la même selon les saisons : « L'été,
nous recevons des gens dans une tranche 40/60 ans qui viennent en montagne
pour randonner et visiter. L'hiver, c'est plus jeune et plus familial en
même temps, des personnes qui viennent exclusivement pour le ski ».
Alors, il est impératif d'avoir des dépendances avec un local
pour ranger les skis, une autre pièce où pourront sécher,
durant la nuit, gants et anorak.
Des calories à volonté
Mais la saison influe tout autant sur la composition des menus : « Pour
les repas du soir, nous devons prévoir des aliments plus consistants,
avec plus de féculents, pour compenser la dépense d'énergie
liée tant à la pratique du ski qu'à l'accoutumance
au froid. Au petit-déjeuner, c'est la même chose. Ils sont
plus copieux qu'à l'accoutumée avec des laitages et des céréales ».
Christine Brétaudeau qui, avec son époux, est propriétaire
de deux établissements à Courchevel (Savoie), Le Télémark
et L'Esquinade du choucas, mais également d'un restaurant à
Bormes-les-Mimosas (Var) pour la saison d'été, n'hésite
pas à établir une comparaison : « Dans un cas comme
dans l'autre, c'est une clientèle très spécifique.
Mais en hiver, le niveau de vie est plus élevé. Ça
revient moins cher de passer deux semaines en tongs, maillot de bains et
tee-shirt qu'une semaine à la neige, avec le prix des remontées
et le matériel nécessaire »
L'une des spécificités est l'évolution de la
clientèle au fil des jours : « En début de séjour,
ils ne connaissent pas encore la station, ils cherchent, vont d'un établissement
à l'autre. En revanche, les fins de semaine sont très chargées
parce qu'ils sont moins pressés, qu'ils ont envie de s'offrir une
sortie ». Il y a une même différence entre le déjeuner
et le dîner : « A midi, c'est simplement une pause dans
la journée, mais tout le monde a envie de retourner au plus vite
sur les pistes, de rentabiliser son forfait. Le soir en revanche, c'est
plus l'heure du repos avec une très forte demande de spécialités
montagnardes. Les raclettes, brasérades et autres pierrades sont
obligatoires sur les cartes, au même titre que le rosé de Provence
sur la Côte d'Azur ! Mais nous proposons de vraies raclettes traditionnelles,
avec le demi-fromage, ce qui en change le goût, et une pierrade sur
de vraies pierres chaudes
Ce qui explique en partie que notre clientèle
soit très fidèle et que nous la retrouvions d'une année
sur l'autre ».
Bientôt des cartes en russe
L'importance de la clientèle étrangère, britannique
en particulier, oblige également à s'adapter : « D'abord,
nous essayons de parler anglais, ce qui nous permet de faire des progrès.
Mais surtout, nous avons des cartes traduites à leur intention ».
Et Monique Brétaudeau se réjouit de cette affluence anglaise
: « Du moment que l'on ne se moque pas d'eux, ce sont des gens
qui sont toujours agréables, gentils. Et puis, ils mangent très
bien
Ils n'hésitent pas à commander un apéritif,
une entrée, un plat, un dessert et du vin ». Pas étonnant
donc qu'au Télémark, ils existent des cartes traduites dans
la langue de Shakespeare : « Et bientôt, nous allons devoir
en établir en russe »
Comme en hôtellerie, l'équipement du skieur demande des aménagements
particuliers : « Nous disposons effectivement de porte-skis sur
la terrasse. Nous ne sommes pas directement sur les pistes, mais pratiquement.
En surplomb de la route. Il y a donc une volée d'escaliers à
monter, ce qui n'est pas très pratique avec les skis et les chaussures,
mais ça sécurise. Nous avons donc des râteliers pour
les skis traditionnels et des petits clips pour les surfs ». Pour
la terrasse intérieure, M. et Mme Brétaudeau ont dû
prévoir de la même façon des rangements temporaires
: « Nous nous sommes équipés de petits chariots
sur roulettes, ce qui permet aux consommateurs de garder leurs skis près
d'eux, et nous n'avons quasiment jamais eu de problème de disparition
de matériel ».
Ces terrasses, équipement quasi indispensable en stations de
sports d'hiver, contraignent en revanche le propriétaire à
la dégager au fur et à mesure que tombe la neige
Un
exercice loin d'être de tout repos. D'ailleurs, plus encore qu'en
d'autres lieux, l'hôtellerie-restauration hivernale est un travail
épuisant qui demande de décembre à avril, une attention
permanente 7 jours sur 7 : des journées qui jamais ne se ressemblent.
Car, si d'un bout à l'autre de la semaine, les attentes du client
évoluent, il en va de même selon les caprices de la météo
: le soleil incitera les vacanciers à rester sur les pistes ; les
intempéries les amèneront inévitablement à passer
plus de temps à l'hôtel ou au restaurant.
Alors quelles que soient les envies, l'attirance pour ces pistes qui semblent
vous tendre les bras, le professionnel n'aura guère le loisirs d'en
profiter. Il devra se contenter d'entendre d'une oreille distraite les « exploits« de
ses clients, relatés à longueur de dîner
Auberge du Poncellamont
L'Ilaz - 73270 Arêches
Propriétaire : M. et Mme Peretto
Tél. : 04 79 38 10 23
Fax : 04 79 38 13 98
Le Télémark
Propriétaire : M. et Mme Brétaudeau
1850, immeuble Forum A - 73120 Courchevel
Tél. : 04 79 08 01 13