Rencontre
Jean-Baptiste Meunier
Michel Colard
A bas la morosité !
Michel Colard, pour beaucoup de patrons de bars et brasseries de Parisiennes et ses alentours jusqu'à Chartres, n'est pas un inconnu. S'il s'est investi aujourd'hui dans une affaire traditionnelle dans ce quartier d'Auteuil à Paris, il a longtemps présidé une société spécialisée dans la vente de fonds de commerces et notamment de restaurants, bars et hôtels. Fils d'un maraîcher important des Halles, Michel est un homme avisé qui regarde son métier avec sagesse, mais toujours avec la joie et l'appétit d'un jeune homme !
S'il s'est reconverti sur le tard aux métiers du bar et brasserie, c'est d'abord, dit-il, que lorsque l'on veut réussir dans la vente d'affaires, il faut l'être à 100%, jour et nuit. Qu'il avait aussi envie de vivre et de se retrouver avec son épouse dans une affaire à laquelle ils pourraient se consacrer tous les deux. Dans l'ambiance un peu morose de ce début d'année, que nos médias s'évertuent à amplifier toujours un peu plus, comme il est bon de croiser des gens sur lesquels les crispations contemporaines semblent glisser “comme la pluie sur les plumes d'un canard” ! Des gens qui sont bien au courant des difficultés économiques mais qui, au lieu d'en avoir peur, les affrontent en les analysant pour mieux leur trouver des solutions. “Oui, bien sûr, dit Michel, le chiffre d'affaires n'est pas en rapport avec la progression que nous espérions. Mais il y a des moyens de contrecarrer des tendances lourdes en s'adaptant à une société qui change aussi”. Car pour Michel, ce que l'on appelle “crise”, c'est surtout un changement profond de mentalité des clients par rapport au commerce traditionnel du bar et de la brasserie. Pour lui, il y a d'abord un changement de clientèle. Une nouvelle génération qui ne va plus dans les cafés pour y trouver ce que les Anciens y cherchaient traditionnellement. Mais bien pour y trouver ce qui lui correspond : y boire des produits conformes à la mode actuelle relayée par la publicité ou les revues glamour à succès, et pas forcément alcoolisés. Cafés sucrés ou avec des apports tels que la vanille, chocolats divers et variés au point que Michel songe à acheter un émulseur pour proposer des produits encore plus beaux et séduisants. Des repas rapides mais flatteurs. Des vins de qualité choisis avec soin. Un mobilier confortable (et Michel insiste sur cet aspect-là). Le nouveau client est paradoxalement demandeur de produits à forte valeur et pour Michel, le patron de tels établissements doit s’orienter dans cette voie pour réussir. Pour relever le C.A en perte de vitesse sur le bar, Michel a réfléchi sur la prestation de petite brasserie en salle. Ses solutions sont très simples : embellir des produits de snack, rapides à servir et faciles à rendre attractifs pour les proposer à l’assiette en plats, omelettes, croques, etc.,
avec de belles salades et de beaux légumes sous la barre psychologique des 10 _. Il a ainsi réussi à compenser les 20/25 points de pertes sur la limonade au bar pour n’en perdre que 5 au total ! Par ailleurs, s’il a un conseil à donner à des jeunes, c’est que c’est justement le moment de s’investir à son propre compte. En tant qu’ancien vendeur de fonds de commerce, il a toujours constaté que c’est lors de baisses de régime économique qu’il faut acheter ou réinvestir. Mais, Michel... ça coûte cher ! “Ah, ça coûte cher... Oui, dit Michel. On n’a pas toujours le gain escompté par rapport à l’investissement mais que vaut-t-il mieux? Un investissement dans une affaire ou dans son affaire qui a tout à y gagner, ou tout donner aux Impôts ? Si j’avais, à 59 ans, un conseil à donner aux jeunes de 30 ans, c’est que c’est justement le moment de se lancer et de devenir propriétaire. Il y a moins de travail en entreprise et c’est donc le moment de créer la sienne. En 5 ans, on est devenu un vrai professionnel et on pourra bien revendre son affaire. A son compte, on se forme très vite et vraiment bien en un an. Il ne faut pas oublier qu’on achète d’abord un cash flow, une rentabilité. Des salaires, et le sien d’abord ! Ne pas hésiter à aller voir les banques. Elles vendent de l’argent après tout, et il faut bien qu’elles fassent leur métier. Si elles acceptent un crédit, on peut être sûr que c’est parce qu’elles jugent l’affaire rentable. Quant aux apports, il y a toujours un moyen de trouver une caution. Ne pas oublier la famille, qui peut beaucoup aider et pour qui ce peut être aussi un bel investissement”.
Michel est un peu comme ces vieux loups de mer à qui on ne la raconte pas. Quand la mer se forme et que le vent monte, il ne s’agit pas de se mettre à la cape et de s’en remettre au Créateur. Comme il ne s’agit pas non plus de mettre toute la voilure pour tout casser. Il s’agit de profiter des éléments avec la toile adaptée pour augmenter sa vitesse. Après avoir bien choisi sa route.
Le conseil de Michel Colard aux jeunes :
- Investissez vous à 100% dans votre profession
- Affrontez les difficultés sereinement pour mieux les gérer
- Lancez vous ! la période est propice pour se mettre à son compte
Bar Tabac Brasserie
Le Ribera
66, Rue Jean de la Fontaine
75016 - Paris
Tél. : 01 42 88 09 56
E-mail : ribera@orange.fr
Nota bene : L’hôtel du même nom
ne fait pas partie de l’affaire


