Mars 2010

Le cabaret du mois

Philippe Viot


"Le Petit Paradis" à Agen

Spectacle et table gourmande


Après quelques années passées dans l'enseignement, Raphaël Porte décide de changer radicalement de métier : il crée alors, avec son associé, Le Petit Paradis, un véritable cabaret qui, à quelques kilomètres d'Agen, n'a rien à envier aux établissements de music hall que l'on trouve dans les centres des grandes villes. Mais le projet a été mûrement réfléchi : il s'adresse à une clientèle fidèle à laquelle il propose une prestation complète.

 

Un double choix

De plus en plus on entend dire que les Français désertent les grandes villes pour aller s'installer à la campagne. Un tel exode s'explique sans doute par des raisons financières, les prix de l'immobilier urbain atteignant des sommets, mais aussi par goût d'un autre mode de vie. À l'agitation et l'effervescence des grandes métropoles s'opposent ainsi la tranquillité et la douceur de vivre de nos campagnes, qui voient alors leurs habitants renaître à une nouvelle vie. Mais si demeurer à la campagne comporte des avantages évidents, il y a également quelques inconvénients que l'on ne peut négliger : le calme est tel qu'il faut parfois faire plusieurs kilomètres avant de trouver la première boulangerie ou la première épicerie. De même, si l'on apprécie de rentrer chez soi loin du tumulte urbain, on est aussi parfois condamné à y rester, car on n'a d'autre divertissement que celui de la télévision : les salles de cinéma et de spectacles sont en ville et non à la campagne. L'idéal serait, bien évidemment, de concilier les deux : une vie paisible agrémentée des avantages de la ville. D'une certaine manière, c'est cet idéal qu'incarne Le Petit Paradis.

Ce cabaret, situé à quelques kilomètres d'Agen, dans une paisible et verdoyante campagne, est en effet le résultat d'un double choix. Il est d'abord celui d'une personne, Raphaël Porte, qui a décidé de rompre avec son ancienne profession pour se consacrer à sa passion : "À l'origine, explique-t-il, je suis enseignant de génie-mécanique. Mais j'ai décidé de me mettre en disponibilité en 2006 pour créer ma propre société. C'est que le métier d'enseignant ne me convenait plus vraiment, car contrairement à ce que l'on croit souvent, c'est un métier qui n'est pas tellement intéressant. Or il se trouve que durant mes études, j'ai travaillé comme régisseur dans une salle de dîner-spectacle à Toulouse. C'est là que j'ai attrapé le virus du spectacle et que j'ai connu des personnes talentueuses et passionnées, dont celle qui allait devenir mon associé. À présent, je me retrouve complètement dans ce nouveau métier, car je fais ce que j'aime." Mais Le Petit Paradis est également le résultat d'un pari, qui n'est pas sans comporter quelques risques : "Pour créer cet établissement, précise Raphaël Porte, j'ai dû vendre tout ce que je possédais, car les banques refusaient de financer notre projet, notamment parce que nous sommes un peu éloignés du centre ville le plus proche, qui est Agen. Or, c'était précisément là l'un de nos critères de choix : nous cherchions une salle un peu excentrée de manière à éviter tout problème de nuisance. Nous désirions en outre résider à proximité et disposer d'un grand parking." C'est donc à Pont du Casse que Raphaël Porte et son associé ont trouvé ce qu'ils cherchaient : une ancienne salle polyvalente qu'ils ont remise aux normes et transformée en véritable salle de music-hall.

De la scène à la table

Ce double choix a ainsi été mûrement réfléchi : " Entre le moment où je me suis mis en disponibilité, en 2006, et le moment où Le Petit Paradis a ouvert ses portes, en juin 2008, il s'est passé deux ans, précise Raphaël Porte, deux années durant lesquelles mon associé et moi avons essayé de penser tous les aspects du métier en amont. Nous nous sommes répartis les tâches : je m'occupe de la partie administrative et de tout ce qui concerne la restauration, tandis que mon associé est en fait le directeur artistique. Nous avons également embauché un commercial qui s'occupe de la publicité et des mailings auprès des entreprises. En ce qui concerne la partie artistique, mon associé s'occupe de tout, aussi bien derrière que sur la scène, car il est lui-même artiste : il crée le spectacle du début à la fin ; il compose et recompose les musiques, notamment depuis que nous avons un studio d'enregistrement ; il fait les costumes et met en scène la chorégraphie. Le principe du spectacle est de s'adresser à tous les publics, ce qui suppose qu'il soit varié dans les styles, dynamique et original. Pour l'année 2008-2009, le spectacle, qui dure deux heures, fait un clin d'œil aux revues parisiennes ainsi qu'aux ressemblances physiques ; il a quelque chose du Crasy Horse, c'est-à-dire sexy sans rien montrer ; il comporte également des numéros d'humoristes, dans le style des cafés-théâtres, ainsi qu'une partie chant. La prochaine revue ajoutera de la magie avec close up, c'est-à-dire passage de table en table. En outre, on ne travaille qu'avec des professionnels, qui sont en fait des intermittents du spectacle : mis à part les comédiens, qui sont relativement nombreux sur Agen, ils viennent en général de Toulouse et Bordeaux et sont assez disponibles, car nous leur assurons trente à quarante dates dans l'année."

Cependant, Le Petit Paradis offre également une prestation complète, qui comprend, outre le spectacle, un repas et une soirée dansante : "Nous proposons quatre formules différentes, de 38 à 68€, qui varient selon la composition des menus et sont majorées de 4 _ si l'on inclut les boissons. Nous travaillons uniquement sur commande et avec des groupes (plus de dix personnes), qu'il s'agisse de comités d'entreprises, d'autocaristes ou encore de clubs du troisième âge qui viennent pour le déjeuner. Nous avons ainsi une clientèle constituée, car il ne coûte pas plus cher à un CE., par exemple, de venir au Petit Paradis que d'aller dans un bon restaurant et en outre ils n'ont pas à se déplacer sur Toulouse ou Bordeaux. Il faut dire que nous nous sommes efforcés de contacter toutes les grosses entreprises du département et qu'à présent nous allons étendre le mailing aux départements limitrophes. En ce qui concerne la cuisine, le principe est évident : il faut que les menus puissent satisfaire 90 % de la clientèle. C'est pourquoi nous proposons une cuisine simple, souvent inspirée des produits du terroir. Cela dit, poursuit Raphaël Porte, je ne suis pas cuisinier, mais assembleur : mis à part le foie gras que je fais moi-même, il n'y a aucune transformation en cuisine, mais seulement de la préparation, de sorte que la qualité de mes produits dépend de celle de mes fournisseurs. Il faut dire que nos clients ne viennent pas ici pour manger, mais pour le spectacle, qui représente 25 _ sur les prix de nos formules." En une année de fonctionnement, Le Petit Paradis, c'est environ neuf mille couverts, avec des variations importantes d'une semaine ou d'un mois à l'autre : le plus gros de l'activité se situe entre les mois de novembre et février.

Mais un an, c'est aussi le laps de temps nécessaire pour faire un premier bilan, que Raphaël Porte veut positif : "Il est vrai, conclut-il, que c'est un métier difficile, car non seulement il faut travailler 7 jours sur 7, mais il faut également tout prévoir. Cependant, même si Le Petit Paradis devait fermer ses portes, je ne regretterais pas cette aventure, car je fais un métier qui me plaît, où je ne regarde pas ma montre. D'une certaine manière, je continue ici de transmettre quelque chose, peut-être un peu de bonheur : à la fin d'un spectacle pour des personnes âgées, une dame, qui avait vécu à Paris, est allée voir la meneuse de revue pour lui dire qu'on lui avait rappelé sa jeunesse. On se dit alors qu'on n'est pas là pour rien."

  • Cibler la clientèle
  • Proposer une prestation complète
  • Elaborer des menus qui conviennent à 90 % de la clientèle

Le Petit Paradis  

Lieu-dit Audubert

47480 Pont du Casse

Tél : 05 53 77 33 08

Fax : 05 53 77 33 08

Courriel : cabaretpetitparadis@free.fr

Site : cabaretpetitparadis.com

Activités : cabaret, déjeuner et dîner-spectacle

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