Juillet 2010

Dossier

Angelina Dalban


Les discothèques ouvertes jusqu'à 7h du matin

Comment exploiter au mieux cette opportunité ?


Depuis la mise en service du décret du 23 septembre 2009, les discothèques ont l'autorisation de rester ouvertes jusqu'à 7 heures du matin partout en France. Avant l'application de cette mesure, l'heure limite de fermeture variait d'un département à l'autre avec des écarts parfois importants.

L'article 15 de la loi de développement et de modernisation des services touristiques stipule en effet que "l'heure limite de fermeture des débits de boissons ayant pour objet principal l'exploitation d'une piste de danse est fixée à 7 heures du matin". Le texte instaure également une heure et demie dite "blanche" : les établissements fermant à 7h ne pourront pas servir d'alcool à partir de 5h30.

Le texte indique donc que désormais il y a "une heure limite de fermeture" qui est une heure limite et qui ne s'impose pas, et que la vente d'alcool est interdite 1h 30 avant la fermeture des discothèques.

En tant que gérant de discothèque, comment exploiter au mieux les contraintes et avantages relatifs à cette réglementation récente ?

Cette dernière en effet, ne présente pas que des avantages. Elle implique notamment de nouvelles mesures à mettre en place pour accueillir au mieux vos clients jusqu'au bout de la nuit sans alcool et pour gérer le surcoût salarial lié à ces nouvelles heures supplémentaires.

Les avantages du décret à exploiter pour développer votre affaire

Un horaire unique qui permet de lutter contre la concurrence

Fini les horaires de fermeture anarchiques à 3h, 4h, ou 5h du matin, tous les clubbers peuvent désormais faire la fête jusqu'au bout de la nuit.

L'Union des métiers de l'industrie hôtelière, principal syndicat du secteur, estime que cette uniformisation "permet d'instaurer sur l'ensemble du territoire, un régime de droit pour les professionnels". Auparavant, certaines discothèques étaient soumises à la concurrence d'autres établissements qui pouvaient fermer deux heures plus tard.

La fin de cette inégalité est quelque chose de positif pour vous, chers gérants. Vous pouvez désormais vous différencier de vos concurrents par des moyens plus légitimes tels que l'enrichissement de votre offre de service par exemple.

Mesure forte, qui va améliorer la lutte contre l'insécurité routière

"Cette uniformisation va permettre d'éviter le nomadisme sur tout le territoire, quand les jeunes prenaient leurs voitures pour aller d'un établissement à l'autre en fonction des horaires d'ouverture", explique Didier Chenet, président du Synhorcat. La fin du nomadisme entre les différents établissements limite les accidents de voiture sur la route et réduit votre responsabilité vis-à-vis des jeunes accidentés et des familles.

Le fait de ne plus servir d'alcool 1h30 avant la fermeture de l'établissement, permet également à vos clients de voir s'atténuer en partie les effets de l'alcool et d'éviter l'endormissement au volant. Qui plus est, à 7h du matin, ils peuvent utiliser les transports en commun. Il s'agit ici d'un argument supplémentaire pour les faire rester.

Redynamisation des villes

Il s'agit aussi de redynamiser des villes comme Paris ou d'autres villes touristiques françaises qui passaient pour des "bonnets de nuit" en comparaison de Berlin, Londres ou Barcelone. Les discothèques françaises, à proximité des frontières, jouissent désormais des mêmes droits que celles implantées chez nos voisins européens.

C'est également l'opportunité pour vous de conquérir une clientèle étrangère qui n'avait pas pour habitude de venir dans votre établissement. 

Moins de nuisances sonores pour les riverains

A 7 heures, le bruit généré par les clients quittant les établissements est moins gênant qu'à 5 heures ; de plus, le jour se lève et ils croisent davantage de monde.

Au niveau sécurité, c'est beaucoup plus rassurant notamment pour les jeunes filles qui rentrent seules chez elle. Ces dernières hésiteront moins à rester plus longtemps dans votre établissement sachant qu'elles peuvent rentrer au lever du jour. Quant aux nuisances sonores, elles seront un peu mieux acceptées par le voisinage à une heure où certains se lèvent alors que vos clients vont se coucher.

Faites face aux inconvénients engendrés par l'application du décret

"Travailler plus pour gagner plus", oui mais comment ?

Votre inquiétude se porte précisément à ce niveau :
Comment rentabiliser les heures supplémentaires effectuées par vos salariés ?
Un autre volet du décret pose problème : l'"heure blanche" qui interdit la vente d'alcool entre 5h30 et 7h du matin. Si les discothèques ne servent plus d'alcool sur ce laps de temps, les conséquences économiques risquent d'être négatives, notamment sur les emplois.

Les heures supplémentaires de travail auront au moins le mérite de créer des postes pour les chômeurs à la recherche d'un emploi.

Pour financer ces nouvelles charges et garder sa clientèle jusqu'au bout de la nuit, voici quelques idées à exploiter :

Mettez en place des "mini-afters", préparez des petits-déjeuners avec des croissants, des boissons chaudes, mais aussi des sandwichs. Proposez également des jus de fruits à volonté.

Et pour ceux qui n'auraient pas fini les consommations qu'ils ont commandées, ils peuvent les récupérer lors de leur prochaine visite. Un bon moyen de faire revenir sa clientèle.  

Un autre problème est soulevé par un gérant de discothèque à Montpellier : " Actuellement, on ferme à 4 heures et on arrête de servir à 3 heures 45. Certains clients, durant ce petit quart d'heure, nous supplient de leur servir un dernier verre. De 5 heures 30 à 7 heures, ce sera ingérable de tenir les clients demandeurs d'alcool."

Dans ce type de situation, l'idéal est de sensibiliser la clientèle sur les risques de l'alcoolémie au volant mais également sur la santé. Montrez leur votre intérêt pour leur sécurité. En compensation, offrez-leur des bonbons ou des friandises ...

Répondez aux craintes des associations de prévention routière

L'ouverture jusqu'à 7 heures du matin des discothèques en France est vivement critiquée par certaines associations de prévention routière, qui déplorent une autorisation sans contrepartie en matière d'action contre l'alcool au volant. "On est dubitatif et déçu de constater qu'il n'y a pas eu de concertation avec les associations qui œuvrent pour la prévention routière", a déclaré l'association Prévention routière. "On aurait aimé qu'une telle souplesse génératrice d'une plus-value pour les patrons de discothèques soit assortie de contrepartie à savoir un engagement très fort dans la lutte contre l'alcool au volant", a ajouté l'association.

Afin de répondre aux revendications des associations de prévention routière, vous pourriez mettre en place certaines mesures pour les rassurer et assurer la sécurité de votre clientèle.

Cela pourrait par exemple passer par l'offre d'une "entrée gratuite et de boissons non alcoolisées aux capitaines de soirée, la formation de barman pour apprendre à gérer l'alcoolisation de la clientèle ou encore la mise à disposition d'éthylotest électronique. Et pourquoi pas : aller jusqu'à surveiller le parking de la discothèque pour s'assurer que les jeunes ne boivent clandestinement ?

Les municipalités pourraient également jouer un rôle important quant à la prévention routière des jeunes en prolongeant les transports en commun dans les grandes villes pour éviter l'utilisation de la voiture.

Proposez l'idée en conseil municipal pour aborder les diverses possibilités à développer en collaboration avec la ville pour répondre à ce besoin.

Témoignage d'un gérant de discothèque responsable :

Selon le gérant du Chat rouge, "tout ce qui est fait pour la prévention est bon. Il y a deux mois, nous avons organisé une soirée en partenariat avec la Prévention Routière, en proposant à nos clients une simulation d'accident et une voiture tonneau. Par ailleurs, notre établissement est équipé d'un éthylotest : sur une soirée, une trentaine de jeunes viennent spontanément faire un test. Les 20-35 ans ont nettement modifié leurs comportements alors que les 35-40 ans sont souvent plus réticents". Et s'il a désormais le droit de vendre de l'alcool jusqu'à 5h30, le gérant plaide la modération et le discernement : "si un client prend une bouteille à 5h25, il n'est pas forcé de la terminer ; on peut lui garder de côté pour la prochaine fois."

Avant l'application du décret, les différentes heures de fermeture entre départements engendraient un "nomadisme nocturne" dangereux pour les clients des discothèques.

La nouvelle disposition correspond à un meilleur encadrement de la jeunesse, à une amélioration de la tranquillité et de la sécurité publiques, à une moralisation du marché économique et de la police administrative.

Actuellement, en tant que gérants de discothèque, il semblerait que vous ayez du mal à faire sortir votre clientèle à 5 heures du matin. Les jeunes en particulier veulent rester et ne comprennent pas pourquoi les établissements ferment si tôt. D'ailleurs, ils ne s'arrêtent pas et enchaînent directement avec un bar proche qui ouvre quand un autre ferme.

Ce décret est une belle opportunité pour vous, amis gérants de discothèque. Mais à condition d'exploiter au mieux les avantages qui en résultent et d'apporter les mesures et les solutions adéquates qui contenteront aussi bien le développement de votre affaire, votre clientèle que les rétracteurs au décret.

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